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Quand les murs de la classe disparaissent…

Depuis Ponocrates, le précepteur de Gargantua, qui effectuait des promenades avec son élève, l’importance de ne pas cantonner les élèves à l’espace de la classe, d’ouvrir l’école sur le monde, a été maintes fois affirmée. Cette ouverture a pris des formes diverses. Citons par exemple les  « caravanes scolaires » encouragées en 1876 par le ministre de l’instruction publique (Buisson, 1887), les « sorties pédagogiques » et autres « classes de terrain« . C’est l’importance de confronter les élèves à la complexité du réel qui est généralement soulignée par les partisans de telles pratiques pédagogiques.

Aujourd’hui, la mobilité de l’information au sein des réseaux numériques offre l’opportunité d’imaginer de nouveaux modes d’ouverture de l’école sur le monde. D’une part ces technologies donnent accès à un gigantesque vivier de ressources pour apprendre sur un nombre considérable de sujets et, d’autre part, elles constituent un environnement structuré pour concevoir et expérimenter selon un nombre illimité de combinaisons (Thomas & Brown, 2011) .

Ainsi, de nouvelles pratiques émergent à l’école. Avec Internet les élèves accèdent à des bases de données précises et mises à jour en temps réel. De plus, le Web dit 2.0 permet de constituer des communautés d’apprentissage (Laferrière, 2005) pour échanger, partager, collaborer au sein de réseaux afin d’atteindre des objectifs communs. L’espace de la classe se dilate et ses murs deviennent transparents.

Notre communication portera sur l’analyse des interactions dans le cadre de Clim@ction, un jeu multijoueurs en ligne que nous avons conçu pour des élèves du secondaire (15-16 ans). Elle s’attachera à montrer que ces joueurs/apprenants ont pu s’affranchir en partie des distances physiques et sociales pour collaborer et proposer des solutions afin de faire de leur environnement un modèle de développement durable. Dans le cadre du jeu Clim@ction, comme pour la situation de référence, deux intercommunalités ont décidé de mettre en place un Plan Climat Energie Territorial (PCET) afin de lutter contre les changements climatiques.

L’une d’entre elles est située dans le Rhône, l’autre sur le littoral de l’Hérault. Les élèves impliqués sont scolarisés dans deux lycées appartenant à ces deux intercommunalités. Chaque élève s’investit en jouant un rôle :  élu ou chargé de mission du territoire, responsable d’entreprise spécialisée dans un type d’énergie renouvelable, simple citoyen ou chargé de mission. Les joueurs/apprenants doivent ainsi réaliser les différentes étapes d’un PCET (du bilan énergie à la proposition d’une solution viable). Ils peuvent demander de l’aide à l’autre intercommunalité ou à de véritables experts qui participent également au jeu. A la fin du processus, c’est le meilleur projet qui est choisi et récompensé.

Les joueurs/apprenants disposent pour réaliser leur mission, d’une plateforme de jeu en ligne qui offre des forums, des blogs, des espaces de partage de fichiers et des dossiers d’information. Ils disposent également d’outils de géolocalisation sous forme d’un globe virtuel (Google Earth), de PC Pockets équipés de GPS et du logiciel MITAR (Daniel & Badard, 2008) qui permet l’affichage d’informations géolocalisées sous la forme de réalité augmentée. Ces outils sont utilisés lors d’un travail de terrain correspondant à une phase importante du PCET : l’implantation d’unités d’énergie renouvelables sur le territoire. Ils participent, comme pour la plateforme à l’élaboration d’une situation d’apprentissage qui permet aux élèves d’interagir dans un espace beaucoup plus vaste et riche que celui de leur salle de classe.

Communication présentée le 31 août 2011 à 10h30 par Eric Sanchez sur Ludovia / Colloque Scientifique

Biographie de l’auteur

Eric Sanchez est professeur à l’Université de Sherbrooke, Qc, Canada et membre du CREAS, Ses travaux de recherche portent sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement  (elearning, simulation et serious games). Il enseigne au BES profil sciences et technologies ainsi qu’à la maîtrise en enseignement au secondaire.

Eric Sanchez est également maître de conférences en disponibilité de l’institut national de recherche pédagogique de l’École Normale Supérieure de Lyon où il a conduit des travaux au sein de l’équipe EducTice.

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