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Éducation : Croire en une école méritocratique ne permet pas de réduire les inégalités

Alors que les enquêtes PISA pointent le système éducatif français comme champion des inégalités scolaires, une enquête d’envergure menée par l’association SynLab auprès de 826 enseignants permet de comprendre le regard des enseignants sur les facteurs de réussite ou d’échec de leurs élèves et les pratiques pédagogiques susceptibles de contribuer à réduire les inégalités entre les élèves.

8% seulement des enseignants croient en la méritocratie scolaire, c’est-à-dire en une réussite liée principalement aux efforts des élèves. Cette croyance peut les amener à sous-estimer le poids de l’environnement et du contexte dans la réussite ou l’échec scolaire. La faible adhésion des enseignants à la méritocratie scolaire est en adéquation avec les résultats des études PISA qui montrent que la réussite des élèves en France est fortement liée à l’origine sociale des élèves.

Néanmoins pour les enseignants, ce sont le travail personnel et les capacités individuelles des élèves qui comptent le plus dans la réussite des élèves, à 30%. Le travail de l’enseignant et l’accompagnement de la famille viennent après avec respectivement 22% et 20%. Les enseignants de l’éducation prioritaire accordent une place plus importante aux facteurs familiaux (+3 points en REP versus hors REP).

Plus les enseignants croient en la méritocratie scolaire, plus ils valorisent la performance en classe

(par exemple en favorisant la compétition à l’intérieur de leur classe) et moins ils favorisent les progrès individuels de chaque élève. A l’inverse, moins les enseignants croient en la méritocratie scolaire, plus ils valorisent des pratiques coopératives et d’entraide et d’explicitation des enseignements. Il existe des pratiques pédagogiques efficaces pour réduire les inégalités, dont l’utilité a été démontrée par la recherche. Ces pratiques pédagogiques sont connues et pratiquées fréquemment au sein des classes :

– Le droit à l’erreur : 3 enseignants sur 4 expliquent à leurs élèves que l’erreur fait partie du processus d’apprentissage et le mettent en pratique dans leurs enseignements

– L’explication du sens des apprentissages et des objectifs d’une séquence : plus de 6 enseignants sur 10 explicitent le sens et l’utilité des apprentissages scolaires et des objectifs d’une séquence avant de démarrer leurs enseignements

– La coopération entre élèves : plus de 6 enseignants sur 10 font coopérer leurs élèves entre eux de façon à ce que chaque élève progresse dans son apprentissage

Plus de 9 enseignants sur 10 expriment le besoin d’être informés ou formés, aux pratiques pédagogiques permettant de réduire les inégalités. Les jeunes enseignants sont particulièrement volontaires, en priorité pour développer les pratiques pédagogiques au sein de la classe et pour échanger avec les parents.

Cette enquête montre que croire en la méritocratie ne permet pas de réduire les inégalités, puisque la croyance en la méritocratie est corrélée avec des pratiques pédagogiques peu efficaces. Cette enquête inédite permet d’avoir une visibilité sur ce qui se joue au sein des classes et de l’intérêt de mettre en avant les pratiques pédagogiques les plus efficaces pour améliorer la réussite des élèves.

Pour Florence Rizzo, co-fondatrice et co-directrice de l’association SynLab : “il est urgent de mettre la lutte contre les inégalités au cœur de la formation des enseignants. Si l’Ecole ne peut pas à elle seule réduire les inégalités économiques et sociales des élèves, elle peut contribuer à ne pas les augmenter. Les pratiques pédagogiques inappropriées peuvent avoir un effet délétère sur les élèves et augmenter le stress et l’anxiété. Faisons de la lutte contre les inégalités une priorité de la formation des enseignants, pour que chaque élève, selon son potentiel, puisse être accompagné au mieux par son enseignant.”

Méthodologie :

Enquête conduite du 16 Juin au 5 Juillet 2021 sous la forme d’un questionnaire en ligne transmis via la plateforme et les réseaux sociaux d’EtrePROF.fr sous la responsabilité de Marine Portex, docteure en psychologie cognitive et d’un comité scientifique composé de Céline Darnon, Professeure en psychologie sociale à l’Université Clermont Auvergne et de Sébastien Goudeau, Maître de conférences en psychologie sociale à l’Université de Poitiers.

Composition de l’échantillon : 826 répondants, dont 45% enseignent en primaire, 55% en secondaire. 21% enseignent en éducation prioritaire. Les réponses des enseignants ont été pondérées en fonction, d’une part, de leur ancienneté et, d’autre part, de leur appartenance à l’éducation prioritaire. Cela permet de leur donner une représentativité similaire à celle de la population des enseignants français sur ces deux variables.

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