INTERVIEW 🎙️Dispositif historique du numérique éducatif, les Travaux Académiques Mutualisés (TraAM) font l’objet d’un portage appuyé au sein de la Direction du Numérique pour l’Éducation. Fondés sur la mutualisation interacadémique, ils reposent sur des équipes d’enseignants qui, autour de thématiques disciplinaires définies au niveau national par l’inspection générale, expérimentent en classe, avec leurs élèves, et produisent des scénarios pédagogiques diffusés à l’échelle nationale.
Plus de dix ans après leur création, les TraAM s’imposent comme un levier stratégique pour penser et expérimenter de manière renforcée les usages pédagogiques du numérique, notamment à l’heure de l’intelligence artificielle …
Un dispositif ancien… mais toujours structurant
Lancé en 2013, le dispositif des TraAM s’inscrit dans une logique de production et de mutualisation de scénarios pédagogiques et des parcours d’autoformation sur M@gistère, la plateforme nationale de formation en ligne destinée aux enseignants. À ce jour, près de 2 200 scénarios ont été élaborés dans 19 disciplines, tous accessibles via la plateforme Édubase.
Pour l’année scolaire en cours, 95 TraAM sont conduits en académie. Ils sont pilotés par les corps d’inspection, inspecteurs de l’Éducation nationale (IEN) pour le 1er degré et inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) pour le second degré, et mobilisent plus de 300 enseignants organisés en équipes, ainsi que près de 10 000 élèves.
Le fonctionnement repose sur un appel à projet national, publié sur la plateforme éduscol (insérer lien https://eduscol.education.gouv.fr), qui définit, pour une durée de deux ans, des thématiques disciplinaires arrêtées par l’inspection générale. Les enseignants sont alors invités à proposer des scénarios pédagogiques, à condition de travailler en collectif.
Une “figure de proue” du numérique éducatif
Pour Emmanuel Vaslin, expert au sein du bureau de l’accompagnement des usages et de l’expérience utilisateur (TN3) de la DNE, les TraAM occupent une place centrale dans la stratégie du numérique pour l’éducation.
« C’est, à ma connaissance, le seul dispositif qui établit un lien direct entre la classe et l’institution », souligne-t-il. Les scénarios sont en effet expérimentés, en conditions réelles, au sein des classes, avec les élèves et les enseignants, avant d’être validés par les corps d’inspection puis diffusés à l’échelle nationale. Si l’on prolonge la métaphore de la figure de proue, le pont d’observation correspond aux classes, là où se donnent à voir et à documenter les usages, les apprentissages et les pratiques pédagogiques.
Dans un contexte marqué par le développement rapide des technologies, notamment de l’IA générative, les TraAM permettent de recentrer le numérique sur les usages pédagogiques et le développement des compétences des élèves.
« Avec l’IA, le produit final ne suffit plus à attester l’apprentissage : c’est dans les traces, les démarches et les raisonnements que se joue désormais l’essentiel », analyse Emmanuel Vaslin. Cette évolution conduit à interroger plus finement comment le numérique soutient l’acquisition des compétences, en portant une attention accrue aux processus d’apprentissage à l’œuvre dans les activités des élèves.
De l’expérimentation à la formation
Au-delà de la production de scénarios pédagogiques, les TraAM jouent un rôle clé dans la formation des enseignants, notamment à travers les parcours M@gistère en année 2 des TraAM. Les scénarios élaborés servent en effet de base à des actions de formation académique, reprises et adaptées dans différents territoires
Cette logique de mutualisation (le M final), au cœur du dispositif, permet de dépasser la simple diffusion de ressources. Les pratiques testées dans une académie peuvent ainsi être réinvesties ailleurs, dans une dynamique collaborative et interacadémique.
Autre spécificité : les productions sont validées tout au long du processus, garantissant leur fiabilité et leur pertinence pédagogique, à la différence des nombreuses ressources informelles disponibles en ligne.
L’intelligence artificielle, nouveau terrain d’expérimentation
Depuis plusieurs années, les thématiques liées à l’intelligence artificielle générative occupent une place croissante dans les TraAM. Les scénarios permettent d’explorer concrètement les usages de ces technologies en classe, tout en développant l’esprit critique des élèves.
Parmi les exemples marquants, Emmanuel Vaslin évoque un projet en sciences de la vie et de la Terre où des collégiens ont conçu un outil de reconnaissance de feuilles à partir de techniques de machine learning, en s’appuyant sur la plateforme Vittascience.
« On sort d’une vision de l’intelligence artificielle comme une boîte noire produisant des réponses toutes faites. Les élèves appréhendent les processus, en identifient les limites et apprennent à interroger les résultats proposés », explique-t-il.
Ces approches permettent également d’introduire des activités dites “débranchées”, sans recours systématique aux écrans, en cohérence avec les orientations actuelles du ministère.
Elles contribuent ainsi à une approche plus équilibrée du numérique, centrée sur les apprentissages et les compétences.
Former à l’esprit critique face à l’IA
Au-delà des outils, les TraAM participent à un enjeu fondamental : former les élèves à comprendre et à questionner l’intelligence artificielle générative.
Il ne s’agit plus seulement d’utiliser ces technologies, mais d’en saisir les mécanismes, les limites et les biais. « Il faut apprendre aux élèves à identifier les situations dans lesquelles la machine peut se tromper, et même à la mettre en défaut », insiste Emmanuel Vaslin.
Une approche qui s’inscrit dans une logique de complémentarité entre humain et machine : « L’IA seule peut être performante, mais c’est l’alliance entre l’humain et l’IA qui en révèle pleinement le potentiel. »
Vers un rapprochement avec la recherche
Autre évolution notable : la volonté de renforcer les liens entre les TraAM et le monde de la recherche, tout en introduisant progressivement une réflexion sur les niveaux de preuve associés aux expérimentations menées.
Trois axes sont envisagés :
- Adosser davantage les TraAM à la recherche, en s’appuyant plus explicitement sur les travaux scientifiques existants afin d’étayer les productions pédagogiques ;
- Associer des chercheurs ou doctorants à l’élaboration et à l’analyse des scénarios pédagogiques, en lien direct avec les expérimentations menées en classe ;
- Analyser les productions dans une perspective de recherche, afin de faire des productions TraAM des objets susceptibles d’alimenter les travaux de recherche et les réflexions des équipes universitaires.
Cette orientation vise à donner davantage de fondement scientifique aux expérimentations menées sur le terrain, tout en nourrissant un dialogue entre recherche et pratiques enseignantes.
Un dispositif au cœur de l’écosystème des usages pédagogiques
Les TraAM s’inscrivent dans un écosystème de production, de diffusion et de valorisation des usages pédagogiques, en articulation avec Édubase, les lettres ÉduNum, le réseau des IAN, l’Observatoire de l’intelligence artificielle et la CREIA (Communauté de Réflexion en Éducation sur l’Intelligence Artificielle), qui a pour ambition de mettre l’innovation et l’IA au cœur des pratiques pédagogiques. Ils contribuent à nourrir ces dispositifs et espaces tout en s’appuyant sur leurs analyses pour éclairer les évolutions des pratiques.
Ils accompagnent ainsi les enseignants dans une exploration raisonnée du numérique, au plus près des besoins des élèves et du développement de leurs compétences.
Plus d’infos : eduscol.education.gouv.fr/6756/les-travaux-academiques-mutualises-traam
Adresse générique des TraAM : dne-tn3.traam@education.gouv.fr





