Le 25 août 2026, dans le cadre de Ludovia, Axel Jean, Axel Manguy et Philippe Ajuelos de la DNE (Direction du Numérique pour l’Éducation) ont animé une conférence intitulée « Usages et enjeux pour une IA de confiance en éducation« .
Leur intervention a présenté les orientations du ministère en matière d’intelligence artificielle, les dispositifs déjà engagés et les évolutions envisagées, avec une attention particulière portée au cadre d’usage, aux données et aux conditions d’un déploiement pédagogique maîtrisé.
Une politique ministérielle de l’IA fondée sur la confiance et le maintien de l’humain dans la décision
La ligne directrice affichée par le ministère est claire : l’IA doit apporter une réelle plus-value dans les usages pédagogiques comme administratifs, sans se substituer à la décision humaine. Le principe de « l’humain dans la boucle » est présenté comme central : l’IA peut accompagner ou éclairer une décision, mais celle-ci doit rester sous la responsabilité d’une personne.
Cette orientation s’inscrit dans la stratégie numérique pour l’éducation et dans un ensemble de cadres français et européens. Le ministère assume l’usage d’outils d’IA grand public sous certaines conditions, notamment l’absence de données personnelles ou sensibles, la recherche d’une plus-value démontrée et la prise en compte des enjeux environnementaux.
Cette politique repose également sur le développement d’infrastructures sécurisées et souveraines, ainsi que sur une attention particulière à la qualité des données utilisées. Les intervenants insistent sur la nécessité de disposer de données fiables, à jour et contextualisées, tout en rappelant que les données éducatives reflètent des parcours d’élèves, de personnels et de familles qui doivent être protégés.
Former les élèves et les personnels à une culture critique de l’IA
Au-delà de l’encadrement des outils, le ministère insiste sur la nécessité de développer une véritable culture de l’IA et de la donnée. Il s’agit notamment de comprendre d’où viennent les données, comment elles alimentent les systèmes d’IA générative et comment en contrôler les résultats. Cette formation doit également permettre d’interroger la fiabilité des sources et les limites des productions obtenues.
Des parcours Pix consacrés à l’IA concernent l’ensemble des élèves de 4e, de 2de et de première année de CAP. D’une durée d’environ deux heures, ils visent à apporter un socle minimal de connaissances et de compétences, avec un parcours adapté au niveau initial de chaque élève. Un dispositif spécifique est également prévu pour les personnels.
Les intervenants replacent cette formation dans un enjeu plus large d’éducation critique. Face aux IA génératives, l’EMI, l’analyse des sources et la lecture des images prennent selon eux une importance accrue, avec pour objectif de former des personnes capables d’exercer des choix éclairés.
Avant la 4e : non, tout usage de l’IA n’est pas interdit
La conférence apporte sur ce point une clarification importante. Selon la DNE, le cadre d’usage publié en juin 2025 a été interprété trop largement : il ne vise pas à interdire tout usage de l’IA avant la classe de 4e, mais l’usage direct par les élèves des IA génératives grand public. Les intervenants reconnaissent d’ailleurs que le texte comporte des imprécisions et des zones qui devront être clarifiées dans une prochaine version.
Des usages de l’IA sont donc possibles dès l’école primaire lorsqu’ils sont médiés par l’enseignant ou s’appuient sur des outils conçus et maitrisés dans un cadre éducatif, dont la pertinence est vérifiée et qui répondent aux exigences de sécurité et de souveraineté. La DNE cite précisément les partenariats d’innovation actuellement expérimentés au cycle 3, notamment en français, mathématiques et langues vivantes. E
n revanche, faire créer aux élèves un compte sur ChatGPT ou sur une autre IA générative grand public reste explicitement exclu avant la 4e.
La distinction est donc essentielle : avant la 4e, il ne s’agit pas de tenir les élèves à l’écart de l’IA, mais de leur permettre de la comprendre et, dans certaines conditions, de l’utiliser dans un environnement pédagogique encadré, sans les exposer directement aux services grand public (qui restent à définir de façon précise).
Cette reconnaissance explicite d’un cadre appelé à évoluer est bienvenue. On aimerait que la même lucidité s’applique à l’interdiction des smartphones, étendue cette rentrée aux lycées : il y a quelque ironie à vouloir former les élèves à des usages éclairés de l’IA tout en bannissant de l’établissement l’un des outils qui leur en donne le plus simplement accès.
Des usages pédagogiques qui doivent rester sous contrôle des personnels
Pour la DNE, l’intérêt de l’IA réside d’abord dans sa capacité à soutenir les apprentissages : entrainement, adaptation des contenus, différenciation ou inclusion. Les partenariats d’innovation actuellement expérimentés au cycle 3 s’inscrivent dans cette logique, avec des usages en français, mathématiques et langues vivantes.
Cette assistance ne doit toutefois pas se substituer à l’expertise pédagogique. Le diagnostic sur les besoins et les progrès d’un élève reste de la responsabilité de la personne enseignante, seule en mesure de contextualiser les données et les résultats produits par les outils.
La même prudence vaut pour l’évaluation : l’IA peut contribuer à l’apprentissage ou fournir certains éléments d’analyse, mais une évaluation ne doit jamais reposer intégralement sur un retour automatisé. Les intervenants invitent plus largement à faire évoluer les pratiques en évaluant davantage les démarches, les justifications et les processus que les seules productions finales, désormais facilement générables par une IA.
Conclusion
Cette conférence dessine une ligne ministérielle assez cohérente sur l’IA : développer les usages lorsqu’ils présentent une réelle plus-value pédagogique, former les élèves et les personnels à en comprendre les mécanismes et les limites, tout en maintenant l’expertise humaine au centre des décisions et des apprentissages.
L’apport le plus notable concerne toutefois la clarification des usages avant la 4e. La DNE distingue désormais clairement l’accès direct aux IA génératives grand public, qui reste exclu, et les usages pédagogiques encadrés d’outils intégrant de l’IA, qui peuvent être envisagés plus tôt. Le cadre d’usage est ainsi assumé comme un document évolutif, appelé à être précisé à mesure que les pratiques, les outils et les connaissances progressent.
Article et synthèse réalisés par Stéphanie de Vanssay





