Au collège Gisèle Halimi d’Aix-en-Provence, l’Intelligence Artificielle a déjà trouvé sa place dans les pratiques pédagogiques. Enseignant de physique-chimie, Romain Bourdel-Chapuzot explore depuis plusieurs mois les usages concrets de l’IA au service des enseignants et des élèves. Une démarche qu’il est venu présenter au salon Educatech, en novembre dernier, lors d’un atelier dédié aux enseignants novices sur le sujet.
Créer des quiz plus rapidement, différencier les exercices selon le niveau des élèves, proposer des supports de révision variés…
Pour Romain Bourdel-Chapuzot, l’Intelligence Artificielle n’est ni un gadget ni une menace, mais un outil au service de la pédagogie, à condition d’en comprendre les usages et les limites.
« L’objectif n’est pas de tout déléguer à l’IA, mais de s’en servir comme d’un assistant, une source d’inspiration et un gain de temps », explique-t-il.
Former les enseignants aux bons usages
Lors de son atelier au carrefour de l’innovation d’Educatech, l’enseignant s’est adressé en priorité aux collègues qui n’osent pas encore franchir le pas.
« Le but était d’abord de se demander dans quels cas l’IA est pertinente… et dans quels cas elle ne l’est pas », précise-t-il. Une attention particulière a été portée à la rédaction des prompts, étape clé pour obtenir des résultats exploitables.
Deux outils ont notamment été présentés : Gemini, avec ses assistants personnalisables permettant de créer des tâches récurrentes comme des quiz, et Notebook LM, utilisé aussi bien par l’enseignant que par ses élèves.
« Je l’ai découvert d’abord comme parent, pour créer des synthèses ou des podcasts, avant de l’intégrer en classe comme modalité de révision », raconte-t-il.
Podcasts, différenciation et gain de temps
En pratique, l’IA permet de proposer des contenus adaptés aux besoins des élèves.
« On peut générer des exercices de niveaux différents, reformuler des énoncés, ou encore produire des contenus adaptés aux niveaux du CECRL en langues vivantes », souligne l’enseignant. Autant de possibilités qui existaient déjà sans IA, mais qui deviennent plus accessibles grâce au gain de temps.
L’un des usages les plus marquants reste la création de podcasts de révision personnalisés.
« Les élèves ont un podcast qui s’adresse directement à eux, pour les 4e du collège Gisèle Halimi. Ça crée une forme d’adhésion, sans demander un temps de préparation supplémentaire à l’enseignant. » Certains élèves, surpris par le réalisme de l’audio, ont même cru reconnaître la voix d’un enseignant.
Sensibiliser aux limites et aux enjeux
Si l’outil séduit, Romain Bourdel-Chapuzot insiste sur la nécessité d’un accompagnement critique des élèves.
« Chez eux, l’IA est déjà très présente. Interdire ou diaboliser n’a pas de sens. En revanche, il faut discuter de son fonctionnement, de ses biais et de son impact. »
Une anecdote illustre cette réalité : le jour où un outil d’IA est tombé en panne, un élève s’est inquiété de ne plus pouvoir terminer son devoir maison.
« C’est l’occasion de rappeler que l’IA peut se tromper et qu’elle ne remplace pas le raisonnement », insiste-t-il. Pour lui, l’enjeu est d’apprendre aux élèves à garder un regard critique, tout en exploitant les possibilités offertes.
Un cadre institutionnel en construction
Dans un contexte de forte montée en puissance de l’IA en éducation, la formation se fait encore largement par l’auto-apprentissage. Mais les lignes bougent.
« Un cadre d’usage ministériel est sorti en juin, et il est plutôt clair. Il permet désormais de travailler avec les élèves tout en restant dans un cadre réglementaire sécurisé », souligne l’enseignant.
Selon lui, après l’effet de nouveauté, un second temps s’imposera : celui de la pédagogie. « La question ne sera plus “quel outil utiliser”, mais comment l’IA peut réellement contribuer à la construction des connaissances et des compétences. »
Pour Romain Bourdel-Chapuzot, une chose est certaine : l’intelligence artificielle a vocation à devenir un allié durable de l’enseignant, à condition d’être utilisée avec intention et discernement.





