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Des élèves sans matériel et sans connexion internet : la triste réalité de la continuité pédagogique

Dans cette chronique « COVID-19 & continuité pédagogique », nous vous proposons le récit de plusieurs enseignants et leurs méthodes, « trucs & astuces » pour mettre en place l’enseignement à distance avec leurs élèves.

David Plumel, professeur de technologie dans un collège de la Nièvre, témoigne de son expérience d’enseignement à distance, dans un contexte très difficile, tant par la connexion internet souvent très aléatoire pour ne pas dire inexistante, que par le matériel à disposition des élèves, confinés chez eux.

« Pourtant, lorsque nous nous sommes tous retrouvés confinés le lundi 16 mars, nous avons bien réalisé que le seul moyen de communication avec les élèves serait par le biais de l’informatique… Et c’est là qu’on s’est rendu compte des gros problèmes » , explique-t-il.

Dés le début du confinement, il a engagé le travail à distance sur le même outil informatique que celui utilisé en classe et deux jours plus tard, il n’avait aucune nouvelle des élèves. Alors que dans certains établissements, on parle de 2-3 élèves par classe qui n’ont pas de matériel informatique à la maison, David s’est vite retrouvé confronté au schéma inverse, à savoir : plus de la moitié de ses élèves qui n’avaient pas la possibilité de se connecter au travail sur un ordinateur !

« Mes élèves n’ont pas d’ordinateur ou alors un ordinateur partagé par toute la famille avec plusieurs frères et soeurs,  des parents en télétravail… » . Il ajoute que parfois, la famille possède une tablette, mais ce n’est pas l’idéal pour « travailler » .

D’après lui, la tablette, c’est bien pour prendre des notes, faire des photos ; c’est un outil complémentaire.

« J’ai aussi une partie des familles qui n’ont que le téléphone portable ; donc là, c’est effectivement très léger » .

En effet, ouvrir des documents PDF, lire un cours sur un tout petit écran, ce n’est pas chose facile. « J’ai quand même des élèves qui font l’effort de faire leur travail sur feuille de papier, prennent en photo leur travail et renvoient ainsi à leurs enseignants » .

Enfin, il y a les élèves qui n’ont rien du tout : pas d’internet car zone blanche, pas d’internet à la maison par choix des parents et souvent, que le Smartphone avec une couverture en 4G très peu développée dans certains secteurs du département de la Nièvre.

« En fait, je suis un des rares chanceux à avoir une bonne connexion à la campagne » .

Quelles solutions pour ne pas laisser les élèves sur le bord du chemin ?

Les enseignants ont donc du s’adapter  ; certains d’entre eux n’ont, d’ailleurs, pas de meilleure connexion internet que les élèves ! Ils préparent donc des fichiers en format PDF qu’ils envoient par mail au personnel de l’établissement qui aide à la continuité pédagogique (dans le cas du collège de David, c’est le CPE qui assure cette fonction). Le CPE imprime les documents et prépare les enveloppes pour les parents qui viennent, quand ils peuvent, les récupérer au collège.

« Pour certains, je pense que ce sera le seul moyen de contact qu’on aura avec eux » .

Pour les familles dont l’établissement est vraiment sans contacts, la direction de l’établissement tente de les joindre par téléphone pour prendre des nouvelles et en profite pour les interroger sur leur situation d’un point de vue équipement numérique.

L’ENT de l’établissement fonctionne plutôt bien après les quelques bugs du début du confinement ; mais on comprend vite que dans le contexte de connexion « aléatoire », un outil comme l’ENT ne peut être exploité comme il le devrait.

En technologie, la partie « palpable » d’une activité, autour d’une maquette, par exemple, n’existe plus lorsqu’on est à distance ; et David Plumel ne peut pas remplacer la maquette par une vidéo puisque peu d’élèves pourraient la visionner au final.

« On fait ce qu’on peut dans ce contexte compliqué ; dans ma discipline, j’ai l’habitude d’avoir les élèves à côté de moi et c’est cela qui me manque le plus » , conclut David.

Cet enseignant, malgré la situation, reste très motivé et redouble de créativité. Il va piocher des idées à droite à gauche via les réseaux sociaux ou via des échanges avec d’autres enseignants, pour tenter de réduire la fracture et ne pas laisser trop d’élèves sur le bord du chemin.

Plus d’informations :
ContinuitePedagogique_DavidPlumelDoc1
ContinuitePedagogique_DavidPlumelDoc2

 

Merci David !

 

Interview réalisée en visio par Webex

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Aurélie Julien
Rédactrice en chef Ludovia magazine et responsable programmation Université d'été Ludovia. Réalisation d'articles et de vidéos sur tout ce qui touche au numérique éducatif.

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