INTERVIEW 🎙️Imaginée par des collégiens corses, la mini-entreprise Chill IA propose une application innovante capable de détecter les premiers signes de mal-être chez les élèves à partir de leur écriture. Un projet ambitieux, à la fois technologique, éthique et humain, récemment récompensé au niveau national.
Lors de sa visite à Educatech Expo, notre équipe LUDOMAG a découvert sur le salon un projet qui force l’admiration. Développée par des élèves de troisième du collège Jean-Nicoli de Propriano, dans l’académie de Corse, Chill IA est une application en mode « projet » qui mobilise l’intelligence artificielle pour répondre à une problématique sensible : le mal-être et le harcèlement scolaire.
Une idée née du terrain
À l’origine de Chill IA, il y a un constat partagé par les élèves eux-mêmes. Comme l’explique Anaïs Da Silva, aujourd’hui en seconde au lycée de Sartène, certains élèves n’osent pas parler de ce qu’ils vivent. « On s’est demandé comment détecter une situation de mal-être si la personne ne parle pas, tout en respectant le RGPD », explique-t-elle. La réponse est venue de l’écriture manuscrite, omniprésente à l’école et porteuse d’indices souvent invisibles.
Une IA préventive et respectueuse
Le fonctionnement de Chill IA se veut simple pour les enseignants. Une copie d’élève est scannée, puis l’application prend le relais. Grâce à une combinaison d’OCR (reconnaissance de caractères), d’analyse sémantique et de graphologie, l’IA analyse l’écriture afin de détecter d’éventuels signes de stress ou de mal-être. L’objectif n’est pas de diagnostiquer, mais d’alerter.
« Notre but, c’est de prévenir et non de guérir », insiste Sacha Brin-Dureuil, élève du collège Jean-Nicoli. Une fois un signal détecté, l’information est transmise à des professionnels de l’établissement — psychologues, infirmières scolaires — seuls habilités à intervenir.
Un projet pédagogique complet
Pour leur professeur de technologie, Datti Pédinieri, Chill IA est bien plus qu’une application. « Les élèves ont tout fait : la réflexion, la technique, la communication. Ils ont créé le logo, trouvé un nom et un slogan qui ont du sens. » Le projet est né dans le cadre du dispositif des mini-entreprises, proposé par EPA, et a été nourri par des échanges concrets, notamment après l’intervention d’une assistante sociale sur le thème du harcèlement.
Après un an de travail, les élèves remportent d’abord la finale régionale à Ajaccio, avant de décrocher le prix national du concours des mini-entreprises à Paris. Une consécration pour cette équipe de collégiens de 14-15 ans.
Des ambitions à la hauteur des enjeux
Invités au salon Educatech Expo par EdTechFrance, les porteurs de Chill IA voient plus loin. Le projet nécessite un budget estimé à 300 000 euros afin de développer une intelligence artificielle dédiée, indépendante des solutions existantes, notamment pour garantir la confidentialité des données. « C’est une IA qu’il faudra construire de A à Z », précise leur enseignant.
Chill IA incarne ainsi une nouvelle génération de projets éducatifs, où les élèves deviennent acteurs de l’innovation, au service du bien-être collectif. Une initiative prometteuse qui rappelle que la technologie, lorsqu’elle est pensée avec éthique et humanité, peut devenir un formidable levier de prévention.



