À la Direction du numérique pour l’éducation (DNE), la donnée n’est plus un simple sous-produit administratif. À travers la parole de Philippe Ajuelos, administrateur ministériel des données, des algorithmes et des codes sources, et de Fédérica Minichiello, cheffe de projet du tableau de bord du numérique éducatif, se dessine une politique ambitieuse : rendre les données éducatives accessibles, lisibles et utiles pour tous les acteurs de l’éducation.
Mettre fin à l’éparpillement des données
Former, équiper, accompagner : déployer le numérique éducatif sur les territoires suppose de manipuler une grande variété de données. Problème : celles-ci sont longtemps restées inaccessibles, ou dispersées entre différents systèmes d’information, relevant tantôt de l’État, tantôt des opérateurs ou des collectivités territoriales.
Cette fragmentation rendait leur utilisation complexe, voire décourageante.
« Mettre ensemble des informations pouvait devenir un véritable casse-tête », rappelle Philippe Ajuelos.
Face à ce constat, la DNE a fait le choix d’une approche d’écosystème: travailler ensemble, mutualiser les travaux lorsque possible et proposer des outils communs permettant d’accéder et de comprendre des informations clés.
Un tableau de bord pour piloter et comprendre
C’est dans ce cadre qui est conçu le tableau de bord du numérique éducatif, pensé comme un outil d’aide à la décision autant que comme un support de compréhension. L’objectif n’est pas seulement de fournir des chiffres, mais surtout de proposer des visualisations claires : graphiques, cartes interactives, filtres territoriaux.
Un chef d’établissement peut ainsi consulter rapidement des indicateurs sur la formation numérique de ses enseignants, ou l’équipement de son établissement. Les collectivités, de leur côté, accèdent à des données sur les effectifs et les établissements, ou l’affectation des ressources.
Une politique de la donnée avant tout citoyenne
Cette démarche s’inscrit dans une politique de la donnée qui répond d’abord à une obligation légale : rendre accessibles des informations produites dans le cadre du service public. Mais pour la DNE, l’enjeu va bien au-delà.
Il s’agit de permettre à chacun – professionnels, parents, élèves, chercheurs – d’utiliser et d’interpréter les données, y compris sans compétences techniques avancées. Quant aux citoyens, ils peuvent s’informer sur des sujets aussi sensibles que la mixité sociale ou les performances des établissements.
« Une donnée qui n’est pas utilisée est une donnée qui ne sert à rien », souligne Philippe Ajuelos.
D’où l’importance accordée à la lisibilité, à l’accessibilité et à l’appropriation des informations.
La qualité des données, un prérequis incontournable
Rendre les données visibles impose un préalable essentiel : leur qualité. Vérifiées, comparables, contextualisées, elles doivent pouvoir être analysées à différentes échelles, en France comme à l’international.
Pour cela, la DNE s’est appuyée sur un travail étroit avec les directions métiers du ministère, notamment la DEPP, le service statistique ministériel. Méthodologies scientifiques, comparabilité, capacité de benchmarking : la donnée éducative est un objet rigoureux, au service de politiques publiques éclairées.
Un écosystème fondé sur la coopération
Le tableau de bord illustre également une conviction forte : on ne fait pas de politique seul. Même à l’échelle ministérielle, la réussite repose sur la coopération avec les collectivités territoriales et les partenaires de l’écosystème éducatif.
Cette logique de co-construction suppose une gouvernance claire, des conventions, un cadre partagé. Exigeante, elle est pourtant indispensable pour produire des outils réellement utiles sur le terrain.
« Une donnée n’a de valeur que si elle est comprise, lisible et réellement utilisée par celles et ceux à qui elle s’adresse », souligne Fédérica Minichiello.
« Il s’agit de transformer des pratiques et mettre des chiffres au service de la décision pour l’ensemble des acteurs de l’éducation ».
Open data : un succès massif et de nouveaux défis
La mise à disposition des données via le portail Open Data du ministère a rencontré un succès bien au-delà des attentes. En un an, les usages ont explosé : de 20 à 100 millions d’appels API par an, plus de 2,4 millions de téléchargements et plus de 500 000 visiteurs uniques.
Les usages évoluent également. Désormais, plus de la moitié des consultations se font via smartphone, et les utilisateurs passent de moins en moins par les moteurs de recherche traditionnels. Les IA génératives deviennent des intermédiaires majeurs d’accès à l’information.
Face à ce phénomène, la stratégie s’adapte : fournir directement aux grands modèles de langage des jeux de données fiables, afin de garantir que l’information restituée au public soit exacte et issue de sources officielles.
Un premier étage… et des perspectives à ouvrir
Le tableau de bord du numérique éducatif n’est qu’un exemple de cette politique, « un premier étage de la fusée », souligne Fédérica Minichiello. Son déploiement est un premier défi. Et il soulève déjà de nouvelles questions : quelles données et indicateurs manquent? Comment accompagner les décisions sur le terrain ? Comment permettre aux chercheurs de s’approprier ces ressources pour aller plus loin?
Ces réflexions sont en cours et guideront les prochains travaux. Une chose est certaine : à travers cette politique de la donnée, le ministère affirme une ambition claire : faire de l’information éducative un bien commun, au service de la transparence, de la confiance et de l’amélioration continue du système éducatif.





