Derrière les Genially, les vidéos et les scénarios, il y a tout ce que personne ne voit : les heures invisibles, les hésitations, les ajustements, les idées qui surgissent sous la douche ou dans le bus, les testeurs qui ne testent plus vraiment en fin d’année, et les doutes silencieux qui accompagnent chaque choix. C’est un regard honnête sur un projet qui se construit autant en classe que le soir, dans mon bureau, devant mon ordinateur.
Avec cet épisode 4, Claudia Dano conclut cette série sciences »

Avant Genially : la narration existait déjà
« Avant Genially, je construisais déjà mes cours comme des histoires. En 2022, j’ai découvert l’outil, et mes supports sont devenus des parcours interactifs. Ma manière d’enseigner a trouvé son terrain naturel« .
Le travail invisible
Ce qu’on ne voit pas, ce sont les heures passées à imaginer comment les fenêtres s’imbriquent, comment une action en déclenche une autre, comment la bonne information apparaît au bon moment. Ce qu’on ne voit pas, ce sont les supports qui résistent, les vidéos à tourner, les ajustements de dernière minute.
On voit le résultat, pas tout ce qu’il y a derrière.
Quand les testeurs ne testent plus
En début d’année, les testeurs repèrent tout. En fin d’année, ils me connaissent trop bien : ils anticipent, devinent, sautent des étapes… et je me retrouve avec des bugs en classe. J’ai compris qu’au troisième trimestre, ils ne testent plus : ils reconnaissent.

Quand une ressource quitte la salle où elle est née
Une ressource peut être “clé en main”… mais seulement pour quelqu’un qui a envie de la porter. Si on l’utilise juste pour “combler une heure”, sans intention, ça ne fonctionne pas.
Je l’ai compris le jour où j’ai entendu un de mes Escape Games utilisé dans un brouhaha impossible. Ça m’a fendu le cœur. Ma narration est pensée pour le silence, l’attention, presque un petit recueillement. Pas pour ça.
La réalité du terrain
Avec mes deux classes de Première, je le vois chaque semaine : une consigne qui fonctionne parfaitement dans la première peut bloquer dans la seconde. Alors j’ajuste pour le lendemain : je reformule une fenêtre, je déplace une révélation, je change l’ordre d’apparition. Tout se déroule comme prévu… mais jamais exactement pareil.

Quand le temps dérape
Cette année, j’ai passé beaucoup plus longtemps que prévu sur le thème du son. Mais personne ne s’en est plaint : les formats, les ambiances, les supports ont porté l’histoire.
Le revers : le dernier thème, l’histoire de la matière, a été trop raccourci.
Quand la narration refuse de venir
Autant le son s’est écrit tout seul, autant l’origine des éléments m’a résisté. Impossible de trouver une entrée qui me ressemble. Alors j’ai tenté un petit Genially de jeu qui survole tout le chapitre, léger et ludique. Pas un cours : une porte d’entrée.
Comme rien ne venait, j’ai essayé le nouvel IA Builder de Genially. Il m’a tout généré, mais pas du tout dans ma logique. J’ai dû le guider, lui dire quoi changer, comment organiser les fenêtres, comment faire apparaître les informations au bon moment.
J’ai travaillé avec l’IA, mais en la reprenant sans arrêt pour que ça colle enfin à ma narration. Au total, cinq heures pour transformer sa proposition en quelque chose qui me ressemble.
Les élèves ont adoré : c’était un tremplin, pas un chapitre.
Quand un collègue voit l’Escape Game
Hier, un collègue est passé avec quelques élèves. Comme j’étais libre, je lui ai proposé de tester un de mes Escape Games avec ses élèves. Il était sceptique : pour lui, ce genre d’activité se faisait “dans le bruit”, et ses élèves n’étaient pas vraiment intéressés.
Et puis il a vu. Il a vu ses élèves devenir silencieux, concentrés, plongés dans l’histoire. Il a vu celui qui reste d’habitude en retrait avancer et réussir comme les autres. À la fin, il m’a dit : « Je suis subjugué. Je n’imaginais pas ça. »
Ce regard extérieur m’a redonné du recul.

Ce que cette année m’a appris
Cette année, j’ai appris que je crée des espaces, pas seulement des ressources. Que tout dépend de l’intention de celui qui les porte. Que je peux ajuster d’une classe à l’autre. Que le silence se construit. Que je ne suis pas interchangeable. Et que cette manière d’enseigner me ressemble.
Conclusion
Ce quatrième épisode n’est pas une fin. C’est un point d’étape. Derrière chaque Genially, il y a une prof qui cherche, qui doute, qui ajuste, qui recommence, qui observe, qui écoute, qui raconte. Et l’an prochain, il faudra tout réinventer encore. C’est ça qui me fait avancer.
Auteur : Claudia Dano





