Et si les jeux éducatifs pouvaient, eux aussi, s’affranchir des écosystèmes propriétaires ? C’est l’ambition de l’Educational Game Format (EGF), un format de fichier ouvert conçu pour représenter et empaqueter des jeux éducatifs.
Publié en version 1.0 en novembre 2025, ce format mise sur la simplicité et l’interopérabilité pour permettre aux enseignants, aux institutions et aux développeurs de créer, partager et utiliser des jeux éducatifs sans dépendre d’un outil ou d’un fournisseur particulier.
Un format ouvert pensé pour l’interopérabilité
Créé par Hervé Yvis, l’Educational Game Format propose une manière standardisée de représenter un jeu éducatif dans un fichier. L’idée est de dissocier le jeu de l’application qui permet de le créer ou de l’utiliser.
Concrètement, un jeu au format EGF peut être créé avec un éditeur EGF, puis ouvert et exécuté avec n’importe quel lecteur compatible EGF. Les applications peuvent être développées pour différents environnements : ordinateur, smartphone, tablette ou navigateur web.
Cette approche répond à une problématique bien connue dans le monde numérique : celle de la dépendance à une plateforme. Lorsqu’une ressource éducative est conçue dans un environnement propriétaire, son utilisation peut être limitée aux outils proposés par son éditeur. Avec un format ouvert, le fichier du jeu devient indépendant de l’application qui a servi à le produire.
L’objectif est donc de permettre à un même jeu d’être réutilisé dans différents contextes et avec différents outils.
Créer un jeu sans être enfermé dans une plateforme
L’intérêt de l’EGF réside également dans sa simplicité. Le format a été conçu pour être suffisamment accessible pour que des applications qui n’ont pas été développées spécifiquement autour de l’EGF puissent intégrer un lecteur compatible.
Cette possibilité ouvre des perspectives intéressantes pour les environnements numériques éducatifs. Un navigateur web, une application pédagogique ou une plateforme institutionnelle peut ainsi intégrer un lecteur EGF et permettre directement l’accès à des jeux éducatifs.
Un exemple concret est celui de Kaolo Browser, un navigateur développé par l’entreprise camerounaise Kaolo Startup. Conçu notamment pour proposer aux jeunes Camerounais un environnement numérique adapté et sécurisé, le navigateur intègre désormais un lecteur EGF.
Les utilisateurs peuvent ainsi accéder à des jeux éducatifs directement depuis leur navigateur, sans avoir nécessairement besoin d’installer une application spécifique pour chaque jeu.
Cette capacité d’intégration illustre l’un des principes fondamentaux du format : le jeu appartient à la ressource, pas à l’application qui permet de la lire.
Des usages éducatifs très variés
Un format dédié aux jeux éducatifs peut répondre à de nombreux besoins pédagogiques. L’approche ludique permet notamment de travailler des connaissances, de sensibiliser à certaines problématiques ou de proposer des situations dans lesquelles l’apprenant doit faire des choix.
Plusieurs jeux utilisant le format EGF ont déjà été recommandés par différentes organisations pour des usages variés.
Parmi eux, « Professeur Moustapha : Parcours France » propose un jeu autour de l’intégration civique. D’autres jeux permettent d’aborder des questions de santé, comme « Comprendre Ebola », ou encore des enjeux liés au numérique avec « Les bases de la cybersécurité pour tous ».
Ces exemples montrent que le jeu éducatif ne se limite pas aux apprentissages scolaires traditionnels. Il peut également devenir un outil de sensibilisation, de formation, d’information et d’éducation citoyenne.
Pour les enseignants : créer et partager plus facilement
L’un des enjeux majeurs de l’EGF est de donner davantage de liberté aux enseignants et aux institutions dans la création de leurs propres ressources.
Plutôt que de devoir choisir une plateforme de création de jeux et accepter les contraintes techniques ou commerciales qui lui sont associées, l’enseignant peut créer un jeu dans un environnement compatible avec l’EGF, puis partager le fichier.
Le jeu peut ensuite être ouvert avec différents lecteurs.
Cette logique peut être particulièrement intéressante dans un contexte éducatif où les ressources doivent pouvoir être pérennes, partageables et réutilisables.
Elle facilite également la mutualisation. Un enseignant peut concevoir un jeu pour ses élèves et transmettre le fichier à un collègue, à une équipe pédagogique ou à une institution. Celui-ci n’a pas nécessairement besoin de disposer du même logiciel de création pour utiliser la ressource.
L’EGF peut ainsi contribuer à faire du jeu éducatif une véritable ressource numérique portable.
Une approche qui rejoint celle des communs numériques
Au-delà de la seule dimension technique, le choix d’un format ouvert pose également la question de la souveraineté et de la pérennité des ressources éducatives.
Dans un environnement numérique où de nombreuses ressources dépendent de plateformes privées, utiliser un format ouvert permet de limiter le risque qu’une ressource devienne inutilisable simplement parce que l’éditeur d’une application a arrêté son service ou modifié son modèle économique.
L’EGF s’inscrit ainsi dans une logique proche de celle des communs numériques : favoriser des ressources qui peuvent être partagées, réutilisées et intégrées dans différents environnements.
Cette philosophie est particulièrement pertinente dans le secteur éducatif, où une ressource créée aujourd’hui peut être amenée à être utilisée pendant plusieurs années, voire transmise d’une génération d’enseignants à une autre.
Une ambition : devenir un standard ouvert du jeu éducatif
L’EGF est encore un format jeune : sa version 1.0 a été publiée le 25 novembre 2025, avec un DOI permettant d’en assurer l’identification et la pérennité scientifique : 10.5281/zenodo.17635411.
Mais son ambition est déjà clairement affichée : faire de l’Educational Game Format un standard ouvert pour l’éducation par le jeu.
Pour y parvenir, l’enjeu sera notamment de développer un écosystème suffisamment large d’éditeurs et de lecteurs compatibles. Plus le nombre d’outils capables de créer et de lire des jeux EGF sera important, plus l’interopérabilité prendra de la valeur.
C’est précisément ce cercle vertueux qui fait l’intérêt d’un format ouvert : un fichier peut survivre à l’outil qui l’a créé.
Comment créer son propre jeu EGF ?
Pour les éducateurs qui souhaitent expérimenter le format, un guide de création est disponible en ligne et permet de découvrir la démarche à partir d’EGF Studio.
Guide pour créer un jeu EGF avec EGF Studio
Les développeurs souhaitant aller plus loin et créer leurs propres éditeurs ou lecteurs peuvent quant à eux consulter les spécifications du format sur le site officiel.
Et si le jeu devenait une ressource éducative vraiment portable?
L’intérêt de l’EGF dépasse finalement la seule création de jeux. Il pose une question plus large sur notre manière de concevoir les ressources numériques éducatives : comment garantir qu’une ressource puisse continuer à être utilisée, partagée et adaptée indépendamment de l’outil qui l’a produite ?
En proposant un format ouvert, simple et pensé dès l’origine pour l’interopérabilité, EGF apporte une réponse possible à cette question.
Pour les enseignants, cela signifie pouvoir créer et partager des jeux sans nécessairement s’enfermer dans une plateforme. Pour les institutions, c’est la possibilité de diffuser des ressources pérennes et réutilisables. Pour les développeurs, c’est l’opportunité de construire un écosystème commun autour d’un format partagé.
L’EGF fait ainsi le pari qu’un jeu éducatif peut être à la fois ludique, numérique… et librement portable d’un outil à l’autre.





