RETOURS D'USAGES

Repenser les espaces d’apprentissage, en présentiel et en distanciel pour motiver l’autonomie, la collaboration, la création.

A l’occasion de l’université d’été de Ludovia, 17ème édition, de nombreux enseignants et autres membres de la communauté éducative vont venir présenter leur expérience avec le numérique sur le thème de l’année, « Injonctions numériques : entre techno-enthousiasme et pratiques collectives ». Ludomag se propose de vous donner un avant-goût de ces ateliers jusqu’au début de l’évènement, lundi 24 août.

Anna Maria Casella présentera “Repenser les espaces d’apprentissage, en présentiel et en distanciel pour motiver l’autonomie, la collaboration, la création.” sur la session II TERRITOIRES, ESPACES ET TEMPS D’APPRENTISSAGE.

 

Problématique pédagogique :

 Nous vivons une époque où les élèves ont accès à l’information grâce à Internet et collaborent et échangent entre eux notamment par le biais des réseaux sociaux. Il est important que l’École tienne compte de cette évolution pour répondre aux besoins de ses jeunes apprenants en les rendant plus actifs, créatifs, et impliqués.

  • En présentiel :

Il est donc nécessaire de changer la structure rigide et austère de la classe traditionnelle qui était destinée principalement à un enseignement frontal, et envisageait comme unique échange : « l’enseignant et l’enseigné »

– en faveur d’une classe conçue en tant qu’espaces d’apprentissage pour impliquer davantage l’élève dans ses acquisitions en lui permettant de travailler non seulement en autonomie mais aussi en ateliers, ou encore avec tous ses camarades en vidéo projection. Cette évolution suppose que lors d’une même séance, l’espace classe s’adapte à des objectifs pédagogiques différents, un mobilier mobile permettra de déstructurer les espaces en fonction des

 

– en permettant aux élèves d’interagir et donc en les plaçant autour de l’enseignant (tous au même niveau, sans exclus au fond de la classe). Bien évidemment cela modifie également la posture du professeur qui passe de « transmetteur de savoir», à « guide dans le savoir » pour transmettre en accompagnant les élèves, en les conseillant, en les rendant actifs afin qu’ils prennent vraiment possession de ce savoir dans le cadre d’une interaction. Cela permet de sortir d’une logique descendante de l’apprentissage en faveur d’une logique

 

– en la transformant en lieu de vie accueillant et motivant (couleurs, confort du mobilier…), en accordant au bien-être de tous ses acteurs la place que lui reconnaît la neuro-éducation car le corps est aussi important que l’esprit.
– En « sortant la classe de ses murs » et en envisageant des cours en plein

 

Pour que l’Ecole puisse évoluer avec son temps, elle se doit également d’intégrer le numérique dans les apprentissages afin de former tous les élèves qu’elle accueille aux compétences du 21ème siècle, aussi bien en présentiel qu’en distanciel.

 

 

  • En distanciel : 

Les temps d’apprentissages.
Le confinement a été très intéressant dans la mesure où nous avons dû changer nos espaces d’apprentissage. Quelques élèves ont participé à un questionnaire et voici leurs réponses concernant la continuité pédagogique :

Ce qui ressort en un premier temps de ce questionnaire, aussi bien pour les élèves en difficulté que pour les autres c’est :

  • qu’ils ont apprécié de travailler à leur rythme en choisissant leurs horaires de travail (majoritairement l’après-midi ou en soirée), ils ont échangé avec leurs camarades ;
  • qu’il leur a été difficile : de comprendre sans le professeur (surtout pour les élèves en difficulté), d’être autant exposés aux écrans (surtout les élèves qui ont des résultats satisfaisants en classe), de ne pas se laisser distraire…

Il serait intéressant d’exploiter davantage ces deux temps d’apprentissage, en présentiel et en distanciel, car finalement ils se complètent (plus de flexibilité concernant les rythmes et les horaires en distanciel – un accompagnement du professeur plus efficace en classe…).

 

Apport du numérique :

Le numérique est un atout considérable en présentiel comme en distanciel même s’il doit être s’associé à des approches pédagogiques plus «traditionnelles» comme l’écriture manuelle… Il répond au besoin de l’élève de collaborer mais aussi d’avancer en autonomie et à son rythme.

Ainsi il favorise la création par la collaboration grâce à l’utilisation d’outils collaboratifs comme « Madmagz » ou « Prezi »…mais aussi toutes les applications Outlook et Google docs par exemple. On coopère à distance avec un objectif commun en s’organisant pour se partager la réalisation du support final. Cela suppose que les élèves forment des groupes, planifient leur travail et se répartissent les tâches ce qui les induit inévitablement à s’impliquer pour eux et pour le groupe.

Exploiter un mur collaboratif (Padlet) où les élèves écrivent et le professeur corrige en même temps donne la possibilité à l’élève de mieux comprendre la correction. Partager un mur collaboratif en simultané avec des partenaires étrangers pour partager des points de vue permet aux élèves d’engager une approche actionnelle et de s’ouvrir à une autre culture. Insérer tous les documents et conseils concernant un cours ou une épreuve permet à l’élève de l’exploiter également en autonomie. Pour les élèves ne pouvant pas travailler en présentiel (maladie…) le numérique apporte une équité face à l’apprentissage.

Organiser une écriture collaborative toujours en vidéo projection oblige à se concentrer tous sur le même support et à construire l’activité ensemble. Construire un cours à partir d’un « brainstorming sur « Answergarden » permet d’un coup d’œil de comprendre les avis les plus partagés dans une classe.

Après avoir travaillé sur un document, proposer aux élèves de composer des équipes pour un défi qui consistera à répondre à des questions de compréhension par le biais d’un jeu « Kahoot » est certainement plus motivant qu’une simple photocopie mais tout aussi efficace.

Dans l’apprentissage des langues (mais pas seulement), grâce à « eTwinning » par exemple, les élèves s’ouvrent aux autres en réalisant, en distanciel avec des pairs étrangers, un projet commun sur des thématiques actuelles ce qui donne du sens à cet enseignement. Parler, écouter, écrire, échanger, partager sur cette plateforme numérique ouvre les murs de la classe sur le monde extérieur, sur une autre réalité et développe ainsi une ouverture d’esprit du futur citoyen.

Illustrer un cours par une visio-conférence entre les élèves et un écrivain ou un journaliste ou tout autre professionnel permet de « traverser» les murs de la classe et de rentrer en contact direct avec la réalité qui attend nos jeunes tout en les y intégrant progressivement. Avec des outils comme «ma classe à la maison» qui comprend le partage d’un tableau blanc l’enseignement à distance est plus interactif.

 

Relation avec le thème de l’édition : 

La présentation s’appuiera sur des expérimentations et des retours d’élèves pour proposer des solutions  afin de repenser les espaces d’apprentissage, en présentiel en déstructurant la classe et en distanciel en privilégiant l’autonomie et des rythmes plus adaptés. Il s’agira de démontrer combien il est important de tenir compte des besoins et du bien-être des élèves pour leur permettre de s’épanouir dans leur apprentissage. Il sera démontré qu’il est important de compléter une approche pédagogique plus traditionnelle avec la plus-value que représente le numérique pour changer les espaces et les temps d’apprentissage de l’École du 21ème siècle.

 

Synthèse et apport du retour d’usage en classe : 

  • En présentiel :

Pour commencer le numérique est un élément motivant qui « parle » à nos jeunes. Les engager dans un projet commun grâce à ces outils numériques fédère le groupe classe et surtout permet à chacun d’exprimer ses talents au sein d’un groupe. Il engendre souvent une plus grande implication de la part des élèves qui, dans une classe traditionnelle, auraient tendance à s’effacer.

Bien souvent, les élèves surprennent en donnant plus de ce qui leur a été demandé. Ils se sentent plus libres dans la mesure où ils créent à leur façon à partir d’une thématique donnée. Pouvoir progresser à leur rythme sur une plateforme est plus motivant car cela convient aux meilleurs comme aux plus faibles et permet à l’enseignant de mieux respecter leurs différences. Ils sont demandeurs des visio conférences et lorsqu’il s’agit de créer des supports à présenter à la classe ils demandent parfois la possibilité d’améliorer leur travail et de le représenter. Ils apprécient également de pouvoir accéder au contenu des cours à distance

La posture du professeur est différente lorsqu’on engage ce genre de pédagogie car il ne s’agit plus de transmettre aux élèves mais de construire avec eux en les sollicitant et en les impliquant. Une entraide se met en place rapidement et bien souvent les élèves se corrigent ou se conseillent entre eux. L’enseignant prépare la séance en amont et la clôture, mais s’organise pour que les élèves soient le plus possible actifs et créatifs pendant les séances où le numérique s’associe à l’écriture (synthèse ou schémas heuristiques sur les tableaux blancs de documents vidéos visionnés sur les ordinateurs portables). Les élèves se sentent plus impliqués et surtout deviennent demandeurs pour réaliser la tâche qui leur est attribuée. Il suffira alors d’être à l’écoute, de guider, d’aider …d’enseigner autrement.

La géographie de la classe doit donc se prêter à l’interaction, l’échange et la créativité. Dans notre Archicl@sse, le mobilier mobile (les chaises Nodes et la classe mobile équipée d’ordinateurs hybrides) favorise l’intégration du numérique en classe. Avec ce matériel coloré la classe devient conviviale, bouge et vit en fonction des activités engagées. Les élèves sont confortablement assis en cercle avec leur professeur. Tous les élèves sont inclus car le fond de la classe n’existe plus. Tous sont au même niveau ! Ils peuvent bouger sans déranger, ressentent un sentiment de liberté tout en appréciant la proximité de leur enseignant. L’ambiance est détendue et donc plus propice au travail. Le dispositif plaît et souvent des élèves demandent à participer à un cours auquel ils ne sont pas inscrits et ceci pendant leur temps libre. Il arrive également que les classes n’attendent pas la sonnerie pour s’installer ce qui pourrait faire penser qu’ils se sont appropriés de cet ensemble d’espaces (cercle – table haute – coin salon). Etendre ce concept à l’ensemble de l’établissement (espaces communs conviviaux et confortables favorisant l’échange) participerait au bien être à l’école.

Tous les élèves de toutes mes classes participant à cette expérimentation ont évalué le dispositif Archicl@sse et une classe traditionnelle à partir de 20 items. Voici les résultats : https://1drv.ms/b/s!AmqPYnu-MYvQmPsZhIVBb55VcKIxAg. Ils sont assez révélateurs. Cette année, afin de préparer une présentation du dispositif, à Educatec – Educatice à Paris, https://twitter.com/eduvoices/status/1197471864886583297?s=20. Les élèves des classes ont disposé de 10 mn pour s’exprimer sur un mur collaboratif. Voici leurs témoignages «sans aucun tri » (juste 2 interventions hors sujet ont été retirées). https://padlet.com/italcasella/ARCHICLASSE2019

  • En distanciel :

dans le cadre de la continuité pédagogique il a été très intéressant de pouvoir exploiter les outils numériques suivants :
– « Ma classe à la maison » du CNED qui a permis d’organiser des cours en visio-conférence – des rencontres avec des partenaires italiens – la construction, en interaction avec les participants, des cours grâce au tableau blanc ( très intéressant) et à la correction simultanée des interventions des élèves. C’est l’outil qui se rapproche le plus du cours en classe et qui a été apprécié par les élèves.
– Sur les murs collaboratifs (Padlet ou Trello) il a été possible d’une part d’intégrer les cours avec la synthèse des cours en visio conférence ainsi que tous les supports (vidéos, documents…) exploités et d’autre part de collecter les travaux des élèves avec une correction parfois effectuée en direct. Il a été possible de proposer en plus des cours obligatoires des cours facultatifs de révision des bases mais également de niveau avancé et cela a été très intéressant dans la mesure où les élèves de niveaux différents (2nde – 1ère – terminale) s’y retrouvaient pour progresser sur les mêmes
– Grâce aux modules de Maskott les élèves ont eu la possibilité d’appréhender des documents en autonomie et à leur rythme pour ensuite faire le point sur leurs difficultés ou facilités avec le professeur.
– Les QCM de Pronotes (avec un temps défini) ont été très utiles afin de garantir un travail individuel sur un document adapté.

 

Plus d’infos sur : Anna Maria Casella
Retrouvez tous les articles sur Ludovia#17 et toutes les présentations d’ateliers sur notre page www.ludomag.com/tag/ludovia-2020

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