Dans le cadre de l’Université d’été du numérique éducatif LUDOVIA#23, qui se tiendra du 24 au 27 août à Ax-les-Thermes, un ExplorCamp proposera d’explorer une idée simple mais puissante : et si les élèves apprenaient en enseignant à une intelligence artificielle ?
Cette proposition s’appuie sur un dispositif nommé Expliq, qui renverse le rôle habituel de l’IA en éducation pour en faire… un élève à qui enseigner. il sera présenté par Léo Rapaic à LUDOVIA.
Une problématique ancrée dans les sciences cognitives
L’idée selon laquelle « c’est en enseignant que l’on apprend » est largement documentée en sciences de l’éducation et en sciences cognitives. Cet effet, connu sous le nom de protégé effect, montre que le fait d’expliquer une notion à autrui oblige l’élève à structurer sa pensée, reformuler ses idées et identifier ses propres zones d’incompréhension.
Lorsqu’un élève endosse le rôle d’enseignant, il mobilise des processus métacognitifs profonds : il anticipe les difficultés de compréhension, organise son discours et renforce durablement ses apprentissages.
Cependant, la mise en œuvre de cette approche en classe reste complexe. Le tutorat entre pairs nécessite une organisation lourde, des binômes équilibrés, et ne garantit pas toujours une équité dans les apprentissages. Dans de nombreux cas, ce sont les élèves les plus à l’aise qui bénéficient le plus de ces dispositifs, tandis que les élèves en difficulté sont moins souvent placés en position d’explication.
Dès lors, une question centrale émerge : comment permettre à chaque élève, quel que soit son niveau, d’apprendre en enseignant ?
L’IA comme élève : un renversement pédagogique
L’IA générative ouvre aujourd’hui une possibilité inédite : offrir à chaque élève un interlocuteur disponible en permanence, capable d’adopter un niveau d’apprentissage ajusté.
Le dispositif Expliq repose sur un agent conversationnel conçu pour se comporter comme un élève légèrement moins avancé que l’utilisateur. Il pose des questions simples mais pertinentes, fait des erreurs plausibles et demande des reformulations. Ce « décalage ajusté » constitue un levier pédagogique essentiel : il oblige l’élève à clarifier sa pensée sans le mettre en difficulté excessive.
Ce renversement du rôle traditionnel de l’IA est fondamental : ici, l’IA n’est pas un tuteur qui donne les réponses, mais un élève qui apprend.
Lever les freins du tutorat entre pairs
Le numérique permet de dépasser trois limites majeures du tutorat traditionnel :
- La contrainte organisationnelle : chaque élève peut travailler en autonomie, sans dépendre d’un binôme disponible ;
- L’enjeu d’équité : tous les élèves, y compris les plus fragiles, peuvent endosser le rôle d’enseignant ;
- La dimension affective : l’élève peut se tromper sans jugement social, dans un cadre sécurisé et bienveillant.
L’enseignant conserve un rôle central. Il choisit les contenus, observe les échanges et analyse les productions des élèves pour identifier les représentations et les erreurs de compréhension. L’IA devient ainsi un révélateur des apprentissages, plus qu’un substitut à l’enseignant.
Une autre manière d’intégrer l’IA à l’école
Cette approche propose une alternative aux usages de l’IA centrés sur l’assistance ou la production automatique de contenus. Plutôt que de faire « à la place de l’élève », l’IA est ici placée en position d’apprenant.
Cette inversion permet de préserver la dimension active de l’apprentissage, en évitant les risques de passivité cognitive souvent associés à certains usages des outils génératifs.
L’objectif n’est pas de remplacer l’élève par une machine, mais de lui offrir un espace d’expression et d’explication structuré par un interlocuteur artificiel adapté.
Retours d’usages en classe : engagement et révélations pédagogiques
Le dispositif Expliq est aujourd’hui utilisé par une communauté croissante d’enseignants et d’élèves, du CM1 à la 6e.
Les retours de terrain mettent en évidence plusieurs effets convergents :
- un fort engagement des élèves, qui investissent pleinement leur rôle d’enseignant ;
- une valorisation de tous les profils, y compris des élèves habituellement en retrait, qui osent davantage expliquer à une IA qu’en public ;
- un effet révélateur pour les enseignants, les échanges mettant en lumière les représentations, erreurs et raisonnements des élèves ;
- une grande souplesse d’usage, en atelier, en autonomie ou en remédiation.
Les enseignants soulignent également l’intérêt du dispositif comme outil d’observation formative, permettant d’adapter les séances suivantes à partir des productions réelles des élèves.
Un ExplorCamp pour interroger la pédagogie de demain
Présenté dans le cadre de LUDOVIA, cet ExplorCamp vise à interroger concrètement les usages possibles de l’IA dans une pédagogie active et différenciée.
Il propose d’explorer une idée simple mais structurante : et si l’IA n’était pas seulement un outil pour apprendre, mais aussi un élève pour mieux apprendre à enseigner ?
Une manière de replacer l’élève au centre de l’activité intellectuelle, en s’appuyant sur le numérique comme levier d’émancipation pédagogique.
Léo Rapaic présentera cet atelier sur l’espace ExplorCamps à LUDOVIA le mardi 25 août de 14h30 à 15h30.
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