Face à l’usage croissant des réseaux sociaux par les jeunes, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a publié un rapport d’expertise collective exhaustif qui tire la sonnette d’alarme sur les risques sanitaires associés à ces pratiques, en particulier pour la santé mentale des adolescents.
Vous n’avez pas eu le temps de lire le rapport dont tout le monde parle, voire même souvent en déforme les propos… Ludomag vous propose quelques points clés de l’expertise collective et ses conclusions publiques.
Vanessa Lalo, psychologue clinicienne et experte sur le sujet, pour ne citer qu’elle, est intervenue à de nombreuses reprises sur les réseaux sociaux pour amener son point de vue sur ce rapport. Nous nous sommes permis de reprendre quelques-uns de ses propos afin de pouvoir apporter un peu de « relief » à ces « conclusions ».
Fruit de plusieurs années de travail pluridisciplinaire, le rapport « Usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents » s’appuie sur une revue scientifique rigoureuse rassemblant plus d’un millier d’études internationales : une première en France quant à l’ampleur des données mobilisées.
Un usage massif, parfois problématique
Selon les données analysées par l’agence, près de la moitié des adolescents passent entre deux et cinq heures par jour sur leur smartphone, principalement pour consulter des réseaux sociaux comme TikTok, Instagram ou Snapchat. Cette immersion quotidienne s’inscrit dans un contexte où la présence des plateformes numériques est désormais intégrée dans le quotidien des 12-17 ans.
Vanessa Lalo, dans un récent post sur LinkedIn, souligne : « L’expertise de l’ANSES met l’accent sur le fait que ce ne sont pas seulement les durées d’usage qui importent, mais aussi la nature de l’engagement émotionnel, la qualité des contenus consultés et les mécanismes de conception des plateformes qui exploitent des stratégies puissantes de captation de l’attention.
Je vois beaucoup de publications passer sur ces derniers jours :
– « L’ANSES alerte sur les dangers des réseaux sociaux »
– « Les plateformes nuisent gravement à la santé »
– « Il faut interdire les réseaux sociaux aux ados pour préserver leur santé »
⚠️ Ces phrases sont… beaucoup trop simplistes.
Le rapport de l’Anses « Usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents », publié le 13 janvier 2026 analyse plus de 1 000 études scientifiques.
Il ne dit pas ça.
Il dit que les effets des réseaux sociaux sont différenciés, contextuels, et dépendent de beaucoup de facteurs : usages, contextes familiaux, vulnérabilités, conception des plateformes…
✅ Certains points sont robustes :
– l’usage nocturne affecte le sommeil (cf. plus bas)
– les contenus liés à l’image du corps peuvent aggraver des dynamiques déjà présentes
– la prévention ne peut pas reposer uniquement sur les familles.
Mais le rapport insiste aussi sur ce qu’on peut faire concrètement :
– agir sur les plateformes en les régulant
– mettre en place des politiques publiques en faveur de l’éducation au numérique et l’accompagnement
– proposer des actions de prévention co-construites avec les jeunes (point essentiel)«
Des impacts multiples sur la santé
Le rapport identifie plusieurs effets sanitaires préoccupants, notamment sur la santé mentale des jeunes :
- Troubles du sommeil : l’utilisation prolongée des réseaux sociaux en soirée retarde l’endormissement et dégrade la qualité du sommeil, avec des conséquences sur la vigilance et l’humeur pendant la journée.
- Altération de l’estime de soi : l’exposition à des contenus idéalisés ou à une culture de comparaison sociale peut fragiliser l’image corporelle des adolescents et favoriser des symptômes dépressifs.
- Exposition à des contenus à risque : les algorithmes personnalisés peuvent amplifier l’accès à des messages liés à la cyberviolence, aux comportements à risque (automutilation, toxicomanie, extrémisme) ou à des normes sociales néfastes.
L’agence souligne également que l’adolescence constitue une période spécifique de vulnérabilité en raison de capacités encore limitées de régulation émotionnelle, ce qui rend les jeunes particulièrement sensibles aux mécanismes addictifs et aux pressions sociales diffusées via les réseaux.
Vanessa Lalo, au sujet des troubles du sommeil des ados, dans un récent post sur LinkedIn ajoute : « Concernant le sommeil, en tant que psychologue je ne peux me contenter de causes monofactorielles.
Quand je vois le nombre de jeunes qui n’arrivent pas à dormir à cause de troubles anxieux, phobies scolaires, harcèlement, familles dysfonctionnelles, questionnements identitaires… les réseaux sont alors un refuge dans un monde anxiogène où les adultes refusent d’écouter les ados » .
Repenser les plateformes pour protéger les mineurs
Plutôt que de se concentrer uniquement sur la durée d’exposition, l’ANSES préconise d’agir à la source des usages délétères. L’agence recommande que les mineurs n’accèdent qu’à des réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé, avec des systèmes fiables de vérification de l’âge conformes au RGPD et une reconfiguration profonde des fonctionnalités qui favorisent l’addiction.
Cela inclut notamment l’interdiction de techniques d’interface manipulatrices, la limitation de l’amplification de contenus nocifs, et une meilleure régulation des fonctions destinées à prolonger artificiellement l’usage.
Vers une prévention construite avec les adolescents
L’ANSES appelle aussi à développer des stratégies d’éducation numérique et de prévention en impliquant directement les adolescents dans leur conception, afin d’accroître leur efficacité et leur légitimité auprès des jeunes.
L’agence rappelle enfin que l’usage des réseaux sociaux influe durablement sur la manière dont les adolescents interagiront et percevront le monde à l’âge adulte, ce qui en fait un véritable sujet de santé publique et sociétal majeur.
C’est ce que suggère également Vanessa Lalo, dans un récent post sur LinkedIn :
« Prévenir, ce n’est pas interdire »
« Nous devons impérativement :
– comprendre les pratiques numériques des jeunes et leurs familles pour pouvoir les accompagner
– proposer des contenus de qualité et en discuter car le dialogue est la clé d’un cadre pertinent
– accompagner les familles pour que le numérique devienne un outil éducatif et ne soit pas décorrélé des autres aspects de l’éducation.
« Commençons donc par écouter les ados ! « , ajoute-t-elle.





