POINT DE VUE

Les sciences cognitives et l’intelligence artificielle : ce sont deux mondes parallèles

Thierry De Vulpillieres a “quitté une start-up qui a réussi pour une multinationale en devenir.” C’est ainsi qu’avec un peu d’humour, ce philosophe qui a occupé pendant une douzaine d’années les fonctions de directeur des partenariats éducation chez Microsoft France, explique son départ de ce grand groupe pour créer une start-up : évidenceB.

Dans ce long entretien, nous abordons des sujets d’actualité sur l’adaptive learning, ce mix des sciences cognitives à la pointe de la recherche scientifique sur le cerveau et de l’intelligence artificielle qui allie la puissance des microprocesseurs et les algorithmes adaptatifs du deep learning.

Faut il craindre les GAFAM ?

La question de l’influence de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, ces cinq grandes entreprises américaines du Web qui totalisent plus de 3500 milliards de dollars de capitalisation boursière et collectent une masse considérable de données des internautes ou des utilisateurs de leurs produits inquiète les citoyens européens.

« On a raison de les craindre,  affirme Thierry de Vulpillieres, car c’est une puissance d’agir ».  Mais il n’y a pas selon lui chez ces entreprises une « vision de l’éducation ».
« Ce sont des entreprises qui font de bons produits et qui cherchent à les vendre ».

Toutefois, concède t-il,  dès lors que ces produits « intègrent l’école avec autant de moyens cela peut occulter ce que sont les objectifs premiers de l’éducation » et toute l’importance des cultures à l’origine des Curriculum construits au cours du temps.

Évidence B , une start up d’avenir ?

La start up que dirige Thierry de Vulpillières s’inscrit tout à fait dans la lignée de ces entreprises qui investissent l’adaptive learning.

« Après la massification de l’enseignement on aspire aujourd’hui à revenir à plus d’individualisation. Beaucoup de fonds sont disponibles pour les edtechs  qui investissent dans des solutions qui utilisent les sciences cognitives et l’intelligence artificielle ».

C’est deux mondes parallèles”, affirme Thierry de Vulpillières ; “la connaissance du cerveau, c’est une science dure qui décrit comment fonctionne le cerveau humain”. Ce savoir universel peut être complété, explique-t-il, par les datas de “l’intelligence artificielle qui détermine les chemins gagnants” pour traiter la question étudiée, sans en expliquer la raison.

Les enseignants doivent ils s’inquiéter avec l’adaptive learning ?

Je suis philosophe de formation” affirme t-il et “pour les philosophes – pour les enseignants c’est pareil – les sciences  cognitives c’est suspect ; c’est l’argumentation qui fait l’intelligence et qui fait le débat ».

« Que des biologistes et des neurologues aient quelque chose à dire sur Socrate nous paraissait risible ».

« Ce que l’on voit, c’est qu’ils arrivent a dire des choses de plus en plus précises et la posture qui consiste à dire qu’il n’y a rien à attendre de ce côté là me paraît totalement fausse. Mais il faut que chacun reste modeste. Ces petits éléments sur la connaissance viennent enrichir une expertise qui est celle de l’enseignant ”.

Il existe des start-up qui pensent « substitution ».

Mais pour Thierry de Vulpillieres, “le professeur est celui qui a le réel, qui connait les enfants qui apprennent . Les outils de l’adaptive learning vont lui permettre d’enrichir son travail d’identification, de personnalisation, de remédiation, d’adaptation …mais il restera Le coeur du dispositif .”

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