Robotique et codageUNE

Codage : pourquoi ne pas changer de démarche ?

Charlotte Billot, enseignante, présente un retour d’expérience en classe concernant la pratique du code avec des élèves de maternelle.

Cela fait maintenant quelques années que j’expérimente en maternelle (ainsi qu’en primaire) le codage, débranché ou pas, avec ou sans robot, avec ou sans application. Cela me rappelle lorsque les tablettes avaient été introduites en classe en 2013. Je consacrais à l’époque une ou deux séances en petits groupes pour expliquer et poser les règles d’utilisation : pas seulement le cadre d’utilisation mais surtout la fragilité de l’outil, les précautions à prendre, la découverte du fonctionnement (comment le charger, la position de la caméra…).

A l’époque, cela se justifiait pleinement puisque que, seul un ou deux foyers par classe possédait une tablette et cette dernière n’était pas dédiée uniquement à l’enfant. Les années ont passé et maintenant, nous pourrions presque dire que seul un ou deux foyers ne possède pas de tablette. Mon approche a donc dû changer, tout comme celle du codage.

Avant, je commençais par 2 ou 3 séances de jeux de codage débranché : élève robot qui est guidé par un camarade, jeux de plateaux avec cartes de direction… Puis j’introduisais le robot avec la découverte des possibilités, la construction de l’imaginaire autour (surtout en maternelle) et enfin les petits défis et la réalisation finale (histoire narrative avec le robot ou très grand défi inter-classe).

Maintenant… c’est très différent car il n’y a plus l’attrait de la nouveauté et le temps d’attention a diminué. Le codage, avec le confinement est « rentré » dans la plupart des foyers …et c’est une bonne chose. N’oublions pas, le codage est une des 4 compétences attendues pour les étudiants au 21ème siècle et nous sommes déjà presque au quart de ce nouveau siècle !

La démarche en classe doit donc s’adapter à tous ces élèves, non pas plus intelligents, mais avec un bagage pas totalement vierge. Et en maternelle c’est flagrant car la plupart à cet âge là ne connaissent presque pas l’inhibition et ont à 2 ans déjà, presque tous manipulé un smartphone. Mais à leur niveau d’enfant et que l’on se rassure, ils ont gardé leur total naïveté et leur émerveillement.

Je m’en suis aperçu presque par hasard à l’occasion du test d’un nouveau robot. J’étais un peu pressée par le temps, et la menace des fermetures de classe donc je n’ai pas fait toute la démarche que je m’étais fixée… Je me suis dit, pourquoi ne pas ouvrir la boîte avec eux, découvrir ce fameux robot et voir, observer leurs réactions, en les guidant un peu tout même. En grande section, j’avais déjà remarqué le lien affectif qu’ils pouvaient avoir avec la souris programmable (Learning ressources), le crocodile à touches amovibles (Clementoni) et même en primaire avec le petit extra-terrestre bleu, Dash and Dot.

Ainsi, ils lui parlaient, l’encourageaient et même le grondaient lorsque la commande n’était pas exécutée correctement, même si, immédiatement il y avait la rémédiation avec l’élève responsable du « débuggage ». De même, lorsque l’élève devait représenter le robot (consigne d’adulte pour vérifier que la représentation spatiale était correcte ainsi que la place des flèches de direction du robot), ils le dessinaient avec des cœurs et dans un univers très personnel (nature, maison, …).

Mais à l’ouverture de cette boîte et avec cette promotion de 2-4 ans, je me suis vraiment rendue compte du changement. Peut-être en raison du jeune âge ou à cause de ce robot vraiment mignon et de l’univers qu’il apporte avec lui (zoo, cycle du tournesol, les 5 sens…) ? Quoiqu’il en soit, la séance a commencé par un dialogue avec le robot (alors qu’il n’était pas allumé ! ) : « Bonjour , comment tu t’appelles ? Comment vas tu ? Tu vas rester ? ».

Impressionnant de constater que des élèves dont je n’avais presque pas entendu le son de leur voix (en novembre) s’exprimaient sans interruption (dans leur diction tout de même !). Puis pas à pas, ils se sont mis à interagir avec lui dès qu’il s’est réveillé (allumé), ils ont observé par où il pouvait voir (capteur dessous et très beaux yeux devant), parler (petits trous des haut- parleurs) et lui ont spontanément montré eux-mêmes leurs oreilles, leur nez, leur bouche… Même dans mes préparations les plus abouties, je n’aurais jamais espéré croiser une séance de schéma corporel à ce stade là.

L’apothéose a été lors du trajet du robot dans l’univers du Zoo (mode « libre démo » et non mode codage). Pour les élèves : le robot leur montrait comment il se déplaçait tout seul dans le zoo, pour après leur proposer un parcours dans lequel il se ferait aider des élèves. Le robot donnerait alors des instructions : « allons voir maintenant la maison des pandas… » Petite précision, le robot n’ayant pas encore sa version française (prévue bientôt), en se déplaçant, il décrit ce qu’il « voit » avec enthousiasme… mais en anglais, sachant que des noms d’animaux en anglais peuvent être tout de même assez proches de ceux en français.

Pour l’adulte, ce fut incroyable de constater le niveau de concentration lors de la visite autonome du zoo par le robot, les élèves retenaient presque leur souffle en espérant qu’il passe par toutes les cases animaux. Spontanément en fin de parcours, ils l’ont applaudit. Cela ne les a pas le moins du monde perturbés qu’il parle anglais, leur intérêt n’a pas faibli et la traduction que je leur faisait au fur et à mesure en a même gêné certains qui m’ont dit qu’ils préféraient la voix du robot.

La suite en a été que plus facile, en mode codage, ils avaient à cœur de pouvoir reproduire le trajet et comme à chaque étape réussie ce petit robot émettait le son d’applaudissement, les interactions se sont d’autant plus renforcées.

La séance a duré 20 mn : le robot Tale-a-bot ( Matatalab) entouré de 9 élèves de 2-3ans. Collectivement, ils ont appuyé sur les flèches et « discuté » de l’animal auquel ils rendraient visite . Ma posture a été que chacun puisse intervenir et qu’ils comprennent, grâce à mes explications, le fonctionnement du robot et le parcours à réaliser. Bien sûr tous ont touché le robot mais nous n’avons pas eu le temps de réaliser le parcours en entier.

Ce qui a changé a été la place plus importante de l’affectif vis à vis du robot et l’aisance avec laquelle ils ont compris la signification des flèches. Et en récréation, certains ont même joué au robot, en jeu libre, de quoi bouleverser toutes nos représentations de pédagogues sur la nécessité d’ordonner les séances et les apprentissages…

Si l’adulte adopte bel et bien la posture de coordonnateur de savoir avec un langage oral approprié et de qualité; laisser l’apprenant construire sa séance au fil de ses envies (tout en le guidant un peu) est tout à fait bénéfique pour les deux partis. Le plaisir a toujours été un moteur d’apprentissage et le « lâchez prise » ainsi que l’imagination encore plus.

Einstein n’a t il pas dit « L’imagination est plus important que le savoir » ?

 

Article rédigé par Charlotte Billot, enseignante

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