En BTS Conseil et Commercialisation de Solutions Techniques (CCST), Charlotte Billot, enseignante, a choisi les drones comme support d’un projet pédagogique mêlant recherche, manipulation, communication et découverte du monde professionnel. Une démarche qui a conduit ses étudiants de l’exploration des usages des drones jusqu’à la rencontre avec une jeune entreprise du secteur, ELDA TECHNOLOGY.
Et si un drone pouvait devenir bien plus qu’un objet à piloter ? Dans le cadre du BTS CCST, les étudiants sont amenés à réaliser des études de cas autour d’objets techniques. Pour Charlotte Billot, le choix des drones s’est rapidement imposé comme un support particulièrement riche pour travailler à la fois les connaissances techniques et les compétences professionnelles.
Le projet a commencé par un brainstorming collectif. Les étudiants ont d’abord identifié les usages des drones qu’ils connaissaient : la vidéo, les opérations de secours en mer ou encore les spectacles nocturnes. Mais les recherches allaient rapidement élargir leur représentation de cette technologie.
Du drone de loisir au drone industriel
L’objectif était notamment de faire découvrir aux étudiants les nombreux secteurs d’activité « augmentés » par les drones.
Cartographie, agriculture, inspection de chantiers, secours, prévention des risques naturels et technologiques… les recherches ont permis de mettre en évidence une diversité d’usages encore parfois méconnus.
Les étudiants ont notamment découvert les usages des drones par les services départementaux d’incendie et de secours, comme le SDIS 78 et le SDIS 17, dans des missions de prévention, de reconnaissance ou de secours.
La question de la réglementation s’est également rapidement invitée dans le projet. Les étudiants ont notamment pu confronter leurs propres expériences de drones utilisés en montagne ou sur des pistes de ski avec les nouvelles règles européennes en vigueur depuis janvier 2026.
« La plus-value du drone industriel est encore mal connue ainsi que les nouvelles réglementations européennes », souligne Charlotte Billot.
Cette première étape a donc permis de dépasser l’image du drone comme simple objet de loisir pour s’intéresser à ses usages professionnels, à ses performances et aux contraintes qui accompagnent son utilisation.
Rechercher, produire… et faire découvrir aux autres
À partir du brainstorming, plusieurs axes de travail ont été retenus. Les groupes ont ainsi travaillé sur les domaines d’utilisation des drones et leurs cas pratiques, sur leurs connaissances et performances à travers les procédures opérationnelles, mais aussi sur deux drones éducatifs : le Parrot Mambo et le Whalesbot Eagle.
La restitution devait répondre à deux contraintes : proposer un questionnaire interactif à destination des autres étudiants et réaliser un support vidéo commenté, présentant une mise en situation du drone par rapport au contexte et au besoin de l’utilisateur.
Ces deux productions ont permis de travailler une dimension essentielle du BTS CCST : la communication professionnelle.
Les étudiants ne devaient pas seulement rechercher et comprendre une information. Ils devaient également être capables de la transmettre, de choisir un support pertinent et de s’adresser à un public averti.
« Ces deux contraintes leur ont permis de perfectionner leur communication professionnelle et d’évaluer la qualité et la pertinence de leur support visuel en le présentant à un public averti », explique l’enseignante.
Quand la recherche débouche sur la manipulation
Le projet s’est ensuite déplacé de la recherche documentaire vers la pratique.
Les étudiants ont pu piloter en salle de classe les deux drones éducatifs sélectionnés et comparer leurs caractéristiques. Le Parrot Mambo se commande à partir d’une application sur smartphone, tandis que le Whalesbot Eagle dispose d’une manette et permet également une programmation par blocs.
Une occasion de travailler concrètement sur la maniabilité, les temps de réponse et les différences technologiques entre deux appareils conçus à près de dix ans d’intervalle.
La manipulation a également ouvert la porte à un autre sujet technique : les batteries lithium.
Les étudiants ont comparé les temps de recharge et les durées d’utilisation des deux drones avant d’étudier les caractéristiques et les limites de ces batteries. Les conditions de manipulation et les précautions de sécurité ont également fait l’objet d’un rappel : chargeur adapté, lieu et durée de charge, surveillance…
Cette séquence s’est notamment appuyée sur les recommandations de la DGCCRF concernant la sécurité des batteries au lithium.
Elle a ensuite donné lieu à une étude de cas pratique sur les batteries, permettant de mobiliser les compétences du référentiel du BTS.
Du drone éducatif au drone professionnel
Pour clôturer le projet, Charlotte Billot a souhaité faire entrer le monde professionnel dans la classe.
C’est ainsi que la jeune start-up ELDA TECHNOLOGY est venue présenter son activité et ses enjeux, notamment environnementaux.
La rencontre a permis aux étudiants de mesurer concrètement l’écart entre les petits drones utilisés en classe et les machines professionnelles. Le drone présenté par l’entreprise pèse ainsi près de 40 kg, avec des dimensions et une batterie sans commune mesure avec celles des drones éducatifs manipulés précédemment.
Une présentation de l’entreprise avait été préparée pour les étudiants et permet de prolonger cette découverte :
Les échanges directs avec les professionnels ont permis de prolonger les apprentissages et de donner une autre dimension au projet : celle de la découverte des métiers et des réalités du secteur.
Et la rencontre ne s’est pas arrêtée à une intervention ponctuelle. Un étudiant du groupe a été sélectionné pour effectuer son stage de BTS au sein d’ELDA TECHNOLOGY.
Une illustration particulièrement concrète de la manière dont un projet pédagogique peut créer un lien entre apprentissage, découverte professionnelle et insertion.
Laisser une place aux choix des étudiants
Pour Charlotte Billot, la réussite du projet tient aussi à sa construction progressive.
L’enseignante avait préparé en amont une quinzaine de sujets autour des drones. Mais elle savait qu’ils ne seraient pas tous retenus.
Le brainstorming a permis aux étudiants de faire émerger leurs propres centres d’intérêt et de choisir collectivement les pistes qu’ils souhaitaient approfondir.
« Il est important pour “booster” la motivation des apprenants d’avoir cette marge de manœuvre », explique-t-elle.
Le projet est donc préparé par l’enseignante, mais il se construit ensuite avec les étudiants. Une manière de conserver un cadre pédagogique tout en laissant suffisamment d’espace pour adapter les activités au groupe et à ses envies.
Un projet qui mobilise de nombreuses compétences
Derrière le thème des drones, c’est finalement un ensemble de compétences qui ont été travaillées : recherche, analyse, connaissances techniques, communication, réflexivité, travail collectif et découverte du monde professionnel.
L’utilisation des drones en intérieur a nécessité une autorisation du chef d’établissement. Les appareils utilisés étaient des drones « jouets » de moins de 150 grammes, et cette autorisation permettait également de justifier leur intérêt pédagogique.
La principale difficulté aura finalement été très concrète : trouver une salle suffisamment grande et disponible pour permettre les manipulations, à l’approche des vacances d’hiver.
Pour le reste, l’implication des étudiants semble avoir largement compensé les contraintes d’organisation.
« Sans avoir vraiment l’impression de travailler »
C’est peut-être là que réside l’un des principaux enseignements de cette expérience.
En partant d’un objet qui suscite la curiosité, les étudiants ont pu mobiliser des savoirs techniques tout en développant des compétences professionnelles et en découvrant des métiers.
« L’implication et la motivation des apprenants, de par ce sujet qui leur parle réellement, leur ont permis de travailler les compétences de réflexivité, communication tout en mobilisant des savoirs techniques et sans avoir vraiment l’impression de travailler », témoigne Charlotte Billot.
Pour l’enseignante, cette expérience illustre surtout la plus-value du travail par projet, qui n’est « pas si difficile à réaliser ». Il ne s’agit pas nécessairement de tout prévoir dans le moindre détail, mais de construire progressivement une démarche avec les étudiants, en laissant une place à leurs choix et en saisissant les opportunités qui se présentent.
Ici, le drone aura ainsi servi de fil rouge pour relier la technologie, la réglementation, la manipulation, la communication, la prévention des risques et le monde de l’entreprise.
Une manière très concrète de transformer un objet technique en objet d’apprentissage et d’orientation.
Informations complémentaires :
Les productions réalisées par les étudiants et les notices des deux drones manipulés sont accessibles dans un dossier partagé : 👉 Extraits des productions et notices des drones
Pour aller plus loin :





