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Lecture: Juliette Filliol, professeure documentaliste et actrice de l’innovation pédagogique
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Ludomag > Blog > PORTRAITS DU NUMÉRIQUE > Juliette Filliol, professeure documentaliste et actrice de l’innovation pédagogique
PORTRAITS DU NUMÉRIQUE

Juliette Filliol, professeure documentaliste et actrice de l’innovation pédagogique

Juliette Filliol est professeure documentaliste dans l’académie de Versailles. Elle développe depuis plusieurs années une pratique professionnelle située au croisement de la documentation, de la lecture, de la culture et du numérique. Elle exerce également des activités de formatrice et a été identifiée comme experte numérique pour la documentation à la Direction du numérique pour l’éducation (DNE).

Aurélie Julien
Dernière mise à jou 22/09/2026 à 6:14 PM
Aurélie Julien
Publié 22 septembre 2026
100 Vues
12 min de lecture
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Juliette Filliol est professeure documentaliste dans l’académie de Versailles. Elle développe depuis plusieurs années une pratique professionnelle située au croisement de la documentation, de la lecture, de la culture et du numérique. Elle exerce également des activités de formatrice et a été identifiée comme experte numérique pour la documentation à la Direction du numérique pour l’éducation (DNE).

Très investie dans le partage des pratiques professionnelles, elle anime depuis plusieurs années le blog Cinephiledoc, dont ludomag a déjà parlé plusieurs fois, consacré notamment aux activités menées au CDI, à la lecture, à la culture et aux usages pédagogiques du numérique. Ses publications témoignent d’un intérêt particulier pour les expérimentations permettant de renouveler la médiation documentaire et culturelle auprès des élèves.

Elle est également cofondatrice du collectif LudoDOC, créé autour de professeurs documentalistes souhaitant partager leurs expériences et réfléchir aux pratiques numériques et innovantes dans les CDI. Le collectif s’est notamment développé dans le cadre de Ludovia, où Juliette Filliol a participé à différentes éditions en tant qu’intervenante.

Son parcours est marqué par une volonté de faire du CDI un espace vivant, culturel et pédagogique, en associant les ressources documentaires aux pratiques numériques, à la lecture, au jeu et à des dispositifs collaboratifs. Elle a par exemple conçu avec des enseignants de sciences un escape game destiné à faciliter la découverte du CDI par les élèves de seconde, en associant appropriation des lieux, compétences numériques et connaissances scientifiques.

Cette démarche se retrouve dans son récent projet « Bibliothèques idéales », qui explore cette fois les possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour interroger les goûts des lecteurs et imaginer, à partir de quelques livres, une bibliothèque qui leur ressemble.

Le projet « Bibliothèques idéales » : quand l’intelligence artificielle devient un outil de médiation autour de la lecture

Dans un article publié sur son blog Cinephiledoc le 21 septembre 2026, Juliette Filliol, présente un projet original mené au CDI de son lycée : « Bibliothèques idéales ». Cette expérimentation associe lecture, médiation culturelle, créativité et intelligence artificielle afin d’amener élèves et adultes à réfléchir à leurs pratiques de lecture et à leur rapport personnel aux livres.

Un projet né de plusieurs expériences

Le projet s’inscrit dans la continuité de plusieurs expérimentations menées précédemment par Juliette Filliol autour de l’intelligence artificielle. Lors d’un scénario pédagogique consacré à l’IA, les élèves étaient notamment invités à partir de leurs trois livres préférés pour construire leur profil de lecteur et imaginer une bibliothèque idéale.

L’idée est ensuite reprise et développée à la rentrée 2026. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large autour de la lecture au CDI, notamment grâce à la création d’un petit groupe d’échanges entre enseignants consacré aux livres et aux actions de lecture. Le projet rejoint également la première animation de l’année, intitulée « La rentrée des lecteurs », qui vise à mettre la lecture au centre de la vie du CDI.

Le principe est simple : les participants doivent proposer trois livres qui comptent pour eux. À partir de ces titres, l’intelligence artificielle doit imaginer une bibliothèque correspondant à leur univers de lecteur.

L’intelligence artificielle comme outil de création

Pour mettre en œuvre le projet, Juliette Filliol utilise Perplexity et crée un espace de travail comportant des consignes détaillées. L’objectif est de ne pas utiliser l’IA comme un simple générateur d’images, mais de lui faire produire une véritable représentation du profil de lecteur.

À partir des trois ouvrages proposés, l’outil doit notamment déterminer :

  • les thèmes et les goûts qui caractérisent le lecteur ;
  • l’organisation spatiale de sa bibliothèque idéale ;
  • les rayons, le mobilier et la signalétique ;
  • l’ambiance et les espaces de lecture ;
  • une devise représentant son univers littéraire ;
  • un prompt permettant de générer une représentation visuelle de la bibliothèque ;
  • dix suggestions de lectures susceptibles de lui correspondre.

Le dispositif permet ainsi de transformer trois choix de lecture en une véritable identité documentaire et littéraire.

L’exemple donné par Juliette Filliol à partir de La Trilogie de Wielstadt de Pierre Pevel, Blitz de Connie Willis et L’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón montre bien le fonctionnement du projet. L’IA identifie un goût pour l’histoire, les récits fantastiques, les bibliothèques mystérieuses et les temporalités complexes, puis imagine une bibliothèque organisée autour de ces différents univers.

Une bibliothèque qui devient le reflet du lecteur

L’intérêt principal du projet réside dans le passage du livre à l’espace.

Les trois ouvrages choisis ne servent pas uniquement à obtenir des recommandations de lecture : ils deviennent le point de départ d’une bibliothèque imaginaire, pensée comme un portrait du lecteur. Les rayons, la décoration, la lumière, les espaces de lecture et même la signalétique sont imaginés en fonction de ses goûts.

La bibliothèque devient ainsi une forme de portrait littéraire.

Cette dimension permet également d’interroger les choix de lecture. Choisir trois livres n’est pas nécessairement évident : faut-il retenir les livres de l’enfance, ceux qui ont profondément marqué une vie de lecteur, ou les découvertes récentes qui ont suscité une forte émotion ? Le projet laisse volontairement cette décision aux participants.

Une dimension collective et ludique

Le projet ne reste pas limité à une production numérique. Les bibliothèques imaginées sont affichées au CDI afin d’être vues et commentées par les élèves et les personnels.

Comme les élèves participent initialement peu à l’activité, Juliette Filliol imagine une autre manière de les impliquer : deviner à quel lecteur appartient chaque bibliothèque et voter pour leurs représentations préférées.

Cette dimension transforme le projet en activité collective. Les bibliothèques deviennent des objets de discussion et permettent de parler des goûts littéraires sans nécessairement demander directement aux élèves de présenter leurs lectures.

Le projet s’appuie donc sur une forme de médiation indirecte : on parle des lecteurs à travers leurs livres et des livres à travers les lecteurs.

Des résultats intéressants, mais des limites révélatrices

L’expérimentation permet également à Juliette Filliol d’observer certaines limites de l’intelligence artificielle générative.

Elle constate notamment que l’outil peut manquer d’originalité lorsqu’il doit créer une devise et qu’il a tendance à réutiliser des formulations similaires pour différents profils. Les recommandations de lecture présentent également une faiblesse : l’IA peut proposer à nouveau certains des trois ouvrages qui lui ont servi de point de départ.

Ces limites sont intéressantes car elles montrent que l’intelligence artificielle ne remplace pas le travail de sélection, de vérification et d’interprétation du professeur documentaliste. Les résultats doivent être relus, corrigés et contextualisés.

En revanche, certaines recommandations proposées par l’outil semblent pertinentes, notamment lorsque les participants reconnaissent des ouvrages qu’ils ont déjà lus ou découvrent des titres qui pourraient les intéresser.

L’expérience montre donc à la fois le potentiel de l’IA et la nécessité de conserver une intervention humaine dans le processus.

Du portrait de lecteur à la « cote Dewey »

Le projet prend ensuite une tournure inattendue. Une collègue de Juliette Filliol lui fait remarquer qu’elle pensait que les livres choisis permettraient de lui attribuer un rayon du CDI.

Cette remarque conduit la professeure documentaliste à prolonger l’expérience en demandant à l’IA d’attribuer à chaque participant une cote Dewey unique représentant son profil de lecteur.

Cette idée détourne de manière créative un outil traditionnel de classement documentaire. Les profils peuvent être associés à différentes classes de la classification Dewey, notamment la littérature, mais aussi la philosophie, les sciences sociales ou encore l’histoire-géographie.

La cote Dewey devient alors non plus seulement un outil permettant de ranger un document, mais une manière symbolique de classer un univers de lecteur.

Une restitution sous forme de cartes de lecteur

Pour conserver une trace du projet, Juliette Filliol crée finalement des cartes de lecteur sur Canva. Chaque carte rassemble plusieurs éléments :

  • l’apparence de la bibliothèque idéale ;
  • sa devise ;
  • la cote Dewey attribuée ;
  • le profil du lecteur.

Le projet dépasse ainsi l’expérimentation ponctuelle avec l’IA. Il produit de véritables objets de médiation qui peuvent être affichés, partagés et conservés.

Juliette Filliol étend également l’expérience à ses proches, ce qui lui permet de recueillir de nouveaux profils et de tester le dispositif avec d’autres associations de livres.

Une expérience qui renouvelle la médiation autour de la lecture

Le projet « Bibliothèques idéales » montre finalement comment l’intelligence artificielle peut être utilisée dans un CDI comme un outil de création et de médiation, plutôt que comme une simple technologie destinée à produire rapidement du contenu.

À partir de trois livres, l’expérience permet de faire émerger un portrait de lecteur, d’imaginer un espace documentaire, de découvrir de nouvelles lectures et de susciter des échanges autour des goûts littéraires.

L’intérêt pédagogique du projet tient également à son caractère ludique et participatif. Les élèves et les adultes peuvent se reconnaître dans une bibliothèque imaginaire, chercher à identifier son propriétaire ou comparer différentes représentations de la lecture.

L’expérimentation met toutefois en évidence une condition essentielle : l’intelligence artificielle reste un outil qui nécessite l’intervention et le regard critique du professionnel. Les productions doivent être vérifiées, corrigées et enrichies.

Ainsi, le projet de Juliette Filliol propose une manière originale de faire dialoguer lecture, identité, espace documentaire et intelligence artificielle. La bibliothèque idéale n’est plus seulement un lieu où l’on range des livres : elle devient ici une représentation imaginaire de celui ou celle qui les lit.

Source article original : cinephiledoc.com/2026/09/21/le-projet-bibliotheques-ideales

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