Et si, plutôt que de demander à une IA de donner la réponse, on demandait à l’élève de lui poser les bonnes questions ? C’est le pari de Parlova, une plateforme française d’apprentissage par le dialogue, développée depuis début 2026. L’élève y entre dans une situation et doit enquêter, questionner des personnages et confronter leurs points de vue pour résoudre une mission.
L’IA ne lui donne donc pas directement le cours : elle lui permet d’interagir avec des personnages qui disposent chacun de leurs propres connaissances, de leur point de vue et parfois de leurs limites.

L’idée part d’un constat simple : comprendre une période historique, une notion philosophique ou un territoire ne consiste pas seulement à mémoriser des informations. Il faut aussi savoir questionner, faire des liens, confronter des points de vue et construire progressivement une réponse.
Apprendre en interrogeant plutôt qu’en consultant
Le fonctionnement de Parlova s’inspire notamment du jeu de rôle et de l’enquête.
Dans une mission sur les Lumières, par exemple, l’élève peut interroger Voltaire sur la tolérance, le pouvoir ou la religion. Il peut ensuite aller dialoguer avec un personnage qui défend une position opposée aux idées des Lumières, afin de confronter les deux points de vue et de comprendre ce qui les oppose. En géographie, il peut dialoguer avec différents acteurs d’un territoire pour comprendre les intérêts qui s’opposent autour d’un aménagement ou d’un littoral menacé par le changement climatique.
L’élève ne reçoit pas nécessairement toutes les informations dont il a besoin au départ. Il doit les obtenir en posant des questions.
Cette différence est importante avec un usage classique d’un agent conversationnel. Si un élève demande directement « Explique-moi la Révolution française », l’IA peut lui fournir une réponse immédiatement. Dans Parlova, la situation est inversée : l’élève doit d’abord comprendre qui interroger, quoi lui demander et quelles informations lui sont utiles pour avancer.
Les missions peuvent également intégrer des événements qui font évoluer la situation, des questions intermédiaires, des illustrations et une problématique finale à résoudre.
Des personnages qui ne racontent pas tous la même histoire
Le dialogue permet surtout de travailler la confrontation des points de vue.
Un personnage historique ne sait pas ce qui s’est produit après son époque. Un témoin peut avoir une vision partielle d’un événement. Un acteur politique peut défendre des intérêts différents de ceux d’un autre personnage. Dans une enquête, plusieurs témoignages peuvent même se contredire.
L’objectif n’est donc pas simplement de faire parler une IA « dans le style » d’un personnage. Il s’agit de construire une situation dans laquelle les connaissances, les intérêts et les limites de chaque personnage ont une place dans le raisonnement de l’élève.
Cette approche peut également être utilisée en philosophie, par exemple pour faire dialoguer des penseurs autour de notions comme la liberté, la justice ou la conscience, ou en littérature pour interroger des auteurs et des personnages à partir d’une œuvre.
Une carte pour donner une structure à l’enquête

Les missions se déroulent sur une représentation spatiale de la situation. L’élève peut se déplacer d’un personnage à l’autre et découvrir progressivement les différents éléments nécessaires pour avancer.
Cette dimension permet de conserver une structure de jeu tout en laissant une certaine liberté dans la manière de mener l’enquête.
Les personnages peuvent répondre à l’écrit ou à l’oral. Un mode mains libres permet notamment de converser avec eux par la parole.
L’objectif n’est toutefois pas de transformer le cours en jeu vidéo. La situation ludique sert surtout à donner à l’élève une raison de chercher une information, de poser une question ou de confronter une réponse.
L’enseignant reste au centre

Parlova est conçu pour être utilisé dans le cadre d’une séance préparée par l’enseignant.
Les élèves rejoignent une mission par un lien et un code, sans avoir besoin de créer un compte. L’enseignant dispose d’un tableau de bord qui lui permet de suivre l’avancement de la classe et, selon la mission, de consulter les échanges et les productions des élèves.
Une mission peut être préparée à partir d’un thème du programme ou construite par l’enseignant à partir de ses propres documents. Les personnages, leurs connaissances, les événements, les questions et les critères de la mission peuvent être modifiés.
L’idée est donc de ne pas enfermer l’enseignant dans un scénario prédéfini. Parlova fournit une structure pour créer une situation d’apprentissage, mais le professeur conserve la possibilité de l’adapter à sa classe et à ses objectifs.
De l’enquête à la mise en commun
Une mission ne se termine pas nécessairement avec la fin du dialogue.
L’élève doit généralement revenir à la question de départ et produire une réponse argumentée à partir de ce qu’il a découvert. Une correction assistée par IA peut proposer une première évaluation de cette production et mettre en évidence les notions mobilisées ou les éléments qui méritent d’être approfondis.
L’enseignant peut ensuite modifier cette évaluation et utiliser les résultats pour organiser la reprise collective.
C’est un point important dans la conception de Parlova : le dialogue avec les personnages n’est pas considéré comme une fin en soi. Il doit fournir une matière que l’enseignant peut ensuite reprendre avec la classe.
De l’histoire-géographie à la philosophie et à la littérature
Parlova est actuellement principalement expérimenté dans les disciplines où le dialogue et la confrontation des points de vue peuvent trouver une place naturelle :
- Histoire-géographie, du collège au lycée, à partir des thèmes des programmes ;
- HGGSP, avec des situations permettant de problématiser des questions géopolitiques et historiques ;
- Philosophie, autour de débats entre penseurs et de grandes notions du programme ;
- Humanités, littérature et philosophie, à partir d’auteurs, de textes et de notions ;
- Psychologie, autour de dialogues entre penseurs, de grandes théories et de questions sur l’esprit et le comportement humain ;
- Enquêtes historiques, avec plusieurs témoins et des versions contradictoires d’un même événement.
La plateforme peut également être utilisée pour créer des missions sur d’autres sujets, à partir des documents et objectifs pédagogiques de l’enseignant.
Une autre manière d’utiliser l’IA en classe
L’enjeu de Parlova n’est finalement pas de savoir comment faire entrer davantage d’IA dans les cours.
Il est plutôt de se demander quelle place donner à l’IA pour faire travailler davantage l’élève.
Une IA conversationnelle peut très facilement devenir un outil auquel on délègue une partie du travail intellectuel : chercher une information, résumer un texte, expliquer une notion ou rédiger une réponse.
Parlova explore une autre possibilité : utiliser cette capacité de dialogue pour construire une situation dans laquelle l’élève doit lui-même faire le travail de recherche et de questionnement.
Il ne s’agit donc ni de remplacer le cours, ni de remplacer l’enseignant, ni de demander à l’IA de faire réfléchir l’élève à sa place. La plateforme cherche plutôt à créer un espace intermédiaire : une situation dans laquelle l’élève doit enquêter pour pouvoir comprendre, puis revenir en classe avec quelque chose à discuter.
Parlova est encore un projet en expérimentation. Les premiers usages avec des enseignants permettent d’ores et déjà de déterminer dans quelles situations cette approche apporte réellement quelque chose, ce qui fonctionne moins bien et comment l’outil doit évoluer pour trouver sa place dans les pratiques de classe.
Plus d’infos pratiques :
Public : du collège à l’enseignement supérieur
Disciplines : histoire, géographie, HGGSP, philosophie, littérature, psychologie et autres disciplines pouvant se prêter au dialogue ou à l’enquête
Accès élèves : par lien et code, sans création de compte
Langues : français, anglais et espagnol
Site : www.parlova.org





