REPORTAGE EN CLASSE 🎙️Au lycée Le Corbusier de Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise), les enseignants expérimentent Class’Connect, une solution de classes virtuelles accessible depuis l’ENT monlycée.net. Objectif : permettre aux élèves d’utiliser des logiciels professionnels exigeants, même sur des ordinateurs peu puissants, tout en simplifiant la maintenance informatique. Hamza Ustun et Mathieu Latzer, deux enseignants de l’établissement, nous expliquent les avantages et les contraintes de ce nouvel environnement de travail.
Des logiciels professionnels accessibles depuis l’ENT
Au lycée Le Corbusier de Cormeilles-en-Parisis, l’utilisation de Class’Connect commence à entrer dans les habitudes pédagogiques. Cette solution, accessible directement depuis l’environnement numérique de travail (ENT) monlycée.net, permet aux élèves de se connecter à une machine virtuelle et d’utiliser des logiciels sans avoir à les installer sur leur ordinateur.
Hamza Ustun, enseignant d’économie et de lecture de plans, l’a notamment utilisée avec ses élèves en formation professionnelle dans le secteur du bâtiment.
« Les élèves se connectent sur l’ENT MonLycée.net , puis dans les outils pédagogiques à Class’Connect. Une fois connectés, ils accèdent à la classe virtuelle qui leur offre la possibilité d’utiliser les logiciels », explique-t-il.
Lors d’une séance consacrée au compte prorata, un dispositif permettant de répartir les charges communes entre entreprises sur un chantier, les élèves ont ainsi travaillé sur Excel.
À partir des dépenses engagées par chaque entreprise, ils ont calculé les sommes dues ou à percevoir afin d’équilibrer les comptes.
Un exercice concret, directement lié à leur future activité professionnelle, rendu accessible à tous les élèves de la classe grâce à un environnement logiciel commun.
Faire tourner des logiciels gourmands sur des ordinateurs modestes
Pour Mathieu Latzer, enseignant dans le domaine énergétique et impliqué dans le déploiement de Class’Connect au lycée, l’un des principaux intérêts de la solution réside dans sa capacité à s’affranchir des limites matérielles des postes informatiques.
« Le gros avantage, c’est de pouvoir utiliser, sur des machines un peu vieilles ou des clients très légers, des logiciels qui sont assez gourmands », souligne-t-il.
L’établissement utilise notamment des logiciels de la suite Autodesk, ainsi que Twinmotion, un outil de visualisation 3D développé par Epic Games, particulièrement exigeant en ressources graphiques.
Avec Class’Connect, les calculs sont effectués sur la machine virtuelle distante. L’ordinateur de l’élève sert principalement à afficher le résultat et à transmettre les interactions.
Cette approche permet ainsi d’utiliser des applications professionnelles sur des équipements qui ne disposeraient pas nécessairement de la puissance requise pour les exécuter localement.
Actuellement, l’établissement travaille notamment avec des équipements Y13 de chez Unowhy et prévoit également d’utiliser des Chromebooks Asus.
Pour les enseignants, l’enjeu est aussi pédagogique : disposer des versions récentes des logiciels utilisés dans les métiers auxquels ils préparent leurs élèves.
Hamza Ustun cite notamment AutoCAD, dont la version 2025 est nécessaire aux apprentissages et aux exigences de la formation.
« Avant, il fallait du temps pour l’installer ordinateur par ordinateur en mode local. Avec la machine virtuelle, tous les élèves de l’établissement peuvent y accéder », explique-t-il.
Moins de maintenance et des fichiers accessibles partout
Autre avantage mis en avant par les enseignants : la simplification de la gestion du parc informatique.
Dans un fonctionnement classique, chaque mise à jour ou nouvelle installation de logiciel nécessite une intervention sur les postes concernés. Avec la virtualisation, les applications sont administrées dans un environnement centralisé.
« On se retrouve avec des logiciels qui vont être à jour une fois. On n’est pas obligé de repasser sur chaque équipement numérique », précise Mathieu Latzer.
L’intégration avec l’ENT facilite également la continuité du travail entre le lycée et le domicile.
Les élèves peuvent récupérer leurs documents sur l’espace de stockage associé à monlycée.net, travailler sur leurs fichiers pendant la séance, puis les retrouver ultérieurement.
« Tout est sauvegardé directement sur le Drive. Ils peuvent retrouver ça chez eux et quand ils travaillent ici au lycée », poursuit l’enseignant.
Une organisation qui limite également le recours aux clés USB et les risques de perte de documents.
Une séance à réserver en amont : un fonctionnement qui demande de l’anticipation
Si l’accès aux logiciels est simplifié, Class’Connect suppose toutefois une nouvelle organisation pédagogique.
Avant chaque séance, l’enseignant doit réserver un créneau et sélectionner l’environnement logiciel correspondant à sa formation.
Hamza Ustun décrit ce fonctionnement à partir d’une séance programmée de 16 h 30 à 17 h 30.
Les élèves disposent d’un compteur affichant le temps restant avant la fin de leur session. À l’heure prévue, la connexion s’interrompt automatiquement.
Cette gestion des créneaux permet de maîtriser l’utilisation des ressources informatiques et de limiter les problèmes liés à la bande passante.
Mais elle présente aussi quelques contraintes.
« On a fini à 17 h 30, on est allé jusqu’au bout. Donc, à 17 h 30, ça s’est coupé un peu brusquement », raconte Hamza Ustun.
Un point de vigilance qui oblige les enseignants à anticiper la fin des activités et à veiller à la sauvegarde des travaux avant la fermeture de la session.
Pour Mathieu Latzer, cette organisation demande un temps d’adaptation, mais finit progressivement par s’intégrer au fonctionnement habituel des cours.
Un environnement sécurisé et réinitialisé chaque jour
La sécurité informatique constitue un autre argument en faveur de cette solution.
Mathieu Latzer explique que les machines virtuelles disposent de protections et qu’elles sont réinitialisées quotidiennement.
« Tous les soirs, elle est écrasée, elle est mise à zéro et tous les matins, elle est remise à neuf », précise-t-il.
Ce fonctionnement permet de limiter la persistance d’éventuels logiciels malveillants dans l’environnement virtuel et de réduire les risques de propagation vers les postes physiques de l’établissement.
Les élèves retrouvent ainsi un environnement de travail opérationnel à chaque nouvelle session.
Cette séparation entre les machines virtuelles et les équipements utilisés en classe contribue également à simplifier les interventions de maintenance.
Vers un numérique éducatif plus responsable ?
Au-delà des aspects pédagogiques et techniques, Mathieu Latzer voit dans Class’Connect une piste intéressante pour faire évoluer la gestion des équipements numériques des lycées.
Plutôt que de renouveler régulièrement des ordinateurs devenus insuffisamment puissants pour faire fonctionner les dernières versions des logiciels professionnels, la virtualisation permet de prolonger leur utilisation.
« On n’a pas une machine physique qui dort et qui vieillit prématurément et qui devient obsolète au bout de quelques années », observe-t-il.
Le recours à des postes légers et à des environnements logiciels centralisés pourrait ainsi contribuer à limiter certains besoins de renouvellement du matériel.
Une approche qui s’inscrit, selon l’enseignant, dans une réflexion sur le numérique responsable, même si l’évaluation de son impact environnemental global devrait également prendre en compte les infrastructures distantes nécessaires au fonctionnement des machines virtuelles.
Une évolution des pratiques pédagogiques et techniques
À travers les témoignages de Hamza Ustun et Mathieu Latzer, l’expérience menée au lycée Le Corbusier illustre les possibilités offertes par la virtualisation dans l’enseignement professionnel.
Accès facilité aux logiciels métiers, homogénéité des environnements de travail, maintenance centralisée, continuité des fichiers entre le lycée et le domicile : les bénéfices sont multiples.
Reste à intégrer les contraintes liées à la réservation des sessions, à leur durée et à la qualité des connexions.
Pour les deux enseignants, Class’Connect représente avant tout une nouvelle manière d’organiser l’accès aux ressources numériques, en faisant davantage reposer la puissance informatique sur des infrastructures distantes que sur les équipements individuels.
Une évolution qui pourrait permettre aux établissements de mieux concilier les exigences des formations professionnelles, les contraintes de leurs parcs informatiques et la recherche d’un numérique éducatif plus durable.
Reportage réalisé avec le soutien et l’autorisation de la Région Île-de-France



