éducation nationale

Dans l’académie de Montpellier, les Open Badges sont au service de la valorisation des enseignants

Lorsque l’on pense aux activités des enseignants, ce sont toujours les mêmes clichés qui reviennent à l’esprit : les leçons à préparer, les contrôles à corriger, les conseils de classe… Si tout cela est vrai, c’est un maigre aperçu de ce que les enseignants réalisent au quotidien. Être professeur, c’est beaucoup plus que cela. Il faut développer d’autres compétences, dans des domaines très variés, il faut innover, se tenir à jour, expérimenter, se former.

Les professeurs eux-mêmes n’ont parfois pas conscience de toutes ces compétences, de toutes ces postures qu’ils développent jour après jour. Ils ne pensent même pas à les faire reconnaître auprès de l’Institution. Elles méritent pourtant d’être valorisées et prises en compte.

C’est avec cela à l’esprit qu’au printemps 2019, l’équipe de la délégation académique au numérique (DANE) de l’académie de Montpellier a lancé une réflexion autour des Open Badges.

Les Open Badges sont des certifications numériques, individualisées et sécurisées. Créés en 2011 par la fondation Mozilla, ils prennent la forme d’images dans lesquelles des méta-données attestent de tout type de compétences, aussi formelles que informelles. Ils reconnaissent et encouragent la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE).

Mettre en place un tel dispositif prend du temps. De tâtonnements en hésitations, de prises de conseils en brainstormings (remue-méninges), de doutes en avancées significatives, il a fallu quelques mois pour tout mettre en place.

Le principal écueil rencontré venait du besoin de changer les cultures. Dans un premier temps, il existait une hiérarchie entre les badges. Par exemple, le terme “Expert” accompagnait un badge destiné aux enseignants qui non seulement sont spécialistes dans un domaine, mais sont également formateurs académiques. Or, ce n’est pas l’esprit des Open Badges. Il fallait mettre en avant des postures nouvelles, qui ne sont pas toujours reconnues par l’Institution.

Quatre postures ont finalement été retenues :

  • Explorateur•trice : Pour les professeurs qui font preuve de curiosité et décident d’explorer de nouvelles voies afin de progresser et renouveler leur pédagogie.
  • Utilisateur•trice : Pour les professeurs qui utilisent leurs découvertes avec les élèves.
  • Passeur•euse : Pour les professeurs qui partagent ce qu’ils ont appris avec leurs collègues, lors de formations, ou même en ligne, notamment dans l’Observatoire des Usages (ODU) qui promeut les usages du numériques dans l’académie de Montpellier.
  • Bâtisseur•euse : Pour les professeurs qui produisent activement des contenus pour les élèves.

Il existe aujourd’hui plus de trente badges reconnaissant des pratiques aussi variées que l’utilisation des Escape Games, de la classe inversée ou de la plate-forme PIX dont le but est de valider des compétences numériques. En outre, des dispositifs nouveaux, tels que les tiers-labs, font aussi l’objet de badges. Il est très important de mettre en lumière ces lieux qui encouragent l’innovation et qui ouvrent leurs portes sur l’extérieur.

Malheureusement, la plus-value pour les professeurs ne va pas de soi. On pourrait croire que les badges ne sont qu’un gadget numérique de plus, un système de “bon point” comme il en existait au siècle dernier.

La philosophie des Open Badges va bien au-delà.

Dans le cadre de la formation professionnelle, les Open Badges apportent motivation, reconnaissance et valorisation. Ils ont aussi été conçus de façon à encourager « la pairagogie » et davantage d’horizontalité. Les enseignants de l’Académie de Montpellier sont libres de décider des compétences qu’ils veulent développer. Les niveaux de preuves exigés sont concrets mais accessibles et ce sont leurs pairs qui valident l’obtention des badges.

Outre les badges liés aux enseignants, il existe des badges associés à des événements, comme l’Université d’été Ludovia ou le salon de l’enseignement supérieur de Montpellier. Les établissements eux-mêmes peuvent être badgés notamment dans le cadre de leur politique de promotion du numérique.

Ces badges n’ont d’intérêt que s’ils gagnent en visibilité. Les établissements peuvent les publier sur leur site et les enseignants peuvent se constituer de véritables portfolios ou backpack pour montrer les badges qu’ils ont obtenus.

Le backpack retenu par l’académie de Montpellier est Open Badge Passport. Il fonctionne en synergie avec Open Badge Factory, le site de gestion et d’émission de badges qui a été retenu . Le “passeport” permet aux enseignants d’organiser leurs badges et de les partager publiquement, notamment sur les réseaux sociaux.

L’idée n’est pas de surveiller les collègues badgés, chacun est maître de ses données personnelles et du contenu qu’il souhaite mettre en avant. L’ambition du dispositif est de créer un véritable réseau où chaque personne badgée peut, si elle le souhaite, être contactée et devenir personne ressource pour ses domaines de compétence. Un dispositif de géolocalisation, associé au dispositif de badges, permet de visualiser ce réseau qui se crée et s’agrandit de semaine en semaine.

Malgré le chemin déjà parcouru, ce sont encore les débuts du projet et sa toute première année d’existence, il reste beaucoup de voies à explorer.

Des partenariats se mettent petit à petit en place avec, par exemple, des associations de professeurs telles que “Inversons la classe” ou “P@tchwork”, des DSDEN, des services de l’orientation, bientôt l’enseignement supérieur…

Il faut aussi faire entrer les Open Badges dans la culture professionnelle des enseignants. Cela prendra du temps car il s’agit d’un véritable changement de paradigme.

Avec les Open Badges et la DANE de l’académie de Montpellier, les informations, les formations, la reconnaissance des compétences ne sont plus seulement balisées par l’Institution. Les enseignants s’emparent désormais de ces domaines : ils choisissent quelles compétences ils souhaitent travailler et valoriser. C’est un réseau qui s’étend progressivement au sein de l’académie de Montpellier, et qui permettra, à terme, de dessiner un véritable “territoire apprenant”, nourri des contributions de chacun.

 

Auteur : pour la DANE Montpellier, Nicolas Gaube, Professeur de SVT, Chargé de mission Open Badges
@DaneMontpellier

 

 

5 Comments

5 Comments

  1. Avatar

    Kryptyk

    27 juin 2020 at 17 h 42 min

    Sans vouloir être désagréable, quelqu’un a-t-il pensé à dire aux personnes qui ont eu cette idée que c’est complètement grotesque?
    Après les médailles pour les soignants on a droit aux badges pour les profs.
    Et, avec les badges, les profs pourront-ils avoir un totem façon « chacal gracieux » ou congre mystérieux »?

  2. Avatar

    Hélène

    27 juin 2020 at 21 h 07 min

    La reconnaissance de nos compétences par des badges qu’il faut soi-même réclamer… quelle horreur! Est-ce vraiment sérieux? Ne méritons pas une autre reconnaissance ?

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    Dupont

    28 juin 2020 at 10 h 59 min

    C’est une blague ? Le 1er avril est déjà passé pourtant. On ‘valorise’ le travail des enseignants avec une médaille en chocolat sans chocolat ?
    C’est un bel exemple de comment le rectorat ‘aide’ les enseignants …

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    Matt

    28 juin 2020 at 11 h 40 min

    Bonjour,
    est-ce vraiment sérieux ?
    Je suis atterré par ce genre de choses et encore plus de voir des collègues accréditer ces pratiques.

    Les mots me manquent !!

  5. Avatar

    Leborgne

    30 juin 2020 at 8 h 40 min

    Est ce une plaisanterie ? Cette idée est d’une stupidité remarquable. Ils devraient aussi créer des décalcomanies, ou de livres de coloriages. Quel est l’enseignant qui va aller réclamer cette crétinerie. L’education Nationale touche vraiment le fond.

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