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@Géodeclic : comment inscrire l’enseignement de la Géographie dans un processus collaboratif entre les territoires des élèves, reliés par des réseaux sociaux ?

La géographie possède deux principaux versants : physique et humain. La géographie scolaire est une géographie sociale, humaine. Elle repose sur un concept fort emprunté à la géographie universitaire : habiter.

Ce concept permet d’intégrer différentes dimensions de l’espace et de considérer l’homme comme un acteur à la fois créateur et utilisateur d’espace. Il y a une relation d’interaction entre les deux. Les sociétés se construisent par l’espace et en même temps l’espace se construit par les individus. (Pour aller plus loin) :

→ l’habitat (agencement, qualité des constructions / lien avec le développement durable)
→ les habitants (la pratique des lieux, le rapport à l’autre, la cohabitation, la relation avec d’autres lieux ce qui implique de regarder les lieux à différentes échelles / lien avec l’EMC)
→ les représentations (la géographie du sensible / lien avec l’EMC)

C’est une géographie qui permet de se recentrer sur le local, l’individu, de partir de ses connaissances, de ses représentations pour les faire évoluer, les compléter, les structurer. Elle rompt avec la géographie descriptive des organisations spatiales, de la géographie physique. Elle permet aussi de rompre avec une vue excessivement aérienne de l’espace qui gomme les acteurs (cf C. BIAGGI in Habiter, concept novateur dans la géographie scolaire ? – Annales de géographie – 2015 n° 704). Elle réintroduit l’homme, son regard.

Ainsi le projet @GeoDeclic tente d’engager des enseignants sur la voie de cette nouvelle réflexion géographique. Il s’agit d’apporter des clés de compréhension de l’espace dans lequel on vit mais aussi des liens qu’il entretient avec le reste du monde. Une géographie qui vise à mieux inscrire, et c’est sa dimension citoyenne en lien avec le développement durable, les actions actuelles et futures, des hommes dans le monde.

En plus des connaissances, l’enseignement de la géographie favorise le développement d’un mode de pensée systémique, outil indispensable du futur citoyen.

L’accompagnement se réalise à travers deux dispositifs complémentaires

  1. #Geoflash / Une version simple et facile d’accès pour mieux s’adapter aux contraintes des classes : simple échange de photos et de questions. Les photographies sont catégorisées selon 4 grands domaines. Cela peut donner lieu à des dé- fis entre classes (fil twitter @Géodeclic)
  2. #GeoExplo / Une version plus engageante permettant de mettre en œuvre le programme de cycle 3 sur l’année : 4 épisodes construits autour des thèmes du programme et rassemblés autour de 4 grands scenarii :
    – GéoPratiquer : mon espace proche, comment est-il ?
    – GéoCohabiter: mon espace est-il attractif ?
    – GéoConsommer : mon espace peut-il répondre à mes besoins de consommation ?
    – GéoCommuniquer : qu’est-ce qui relie mon espace au reste du monde ? (mobilité et internet)
Apport du numérique :

Un projet pédagogique qui s’appuie sur des supports numériques

L’ensemble des activités proposées par @Geodeclic s’appuient sur des supports numériques : des photos numériques prises dans l’environnement quotidien des élèves. Un simple appareil photo, un téléphone personnel peut permettre de se lancer dans les différentes activités.

En développant l’observation de situations géographiques vécues, liées à l’aménagement du territoire proche mais aussi aux liens sociaux qu’entretiennent entre eux les habitants, les différents acteurs de ces territoires, on construit des situations problématisées, un questionnement qui entraînera des recherches pour une meilleure compréhension et la capacité ensuite de comparer avec des espaces plus lointains (changement d’échelle).

À travers les supports réalisés ou mobilisés par les élèves et utilisées dans le cadre de ce dispositif :

  • les élèves construisent l’intérêt d’apprendre la géographie parce que cette discipline s’inscrit dans leur réalité de tous les jours ;
  • les élèves mettent du sens derrière chaque activité et s’engagent alors dans un processus de recherche mieux maîtrisé ;
  • les élèves comprennent progressivement l’organisation de leur territoire (attractivité, mobilité, réseaux, consommation) et comment celui-ci est relié aux autres à différentes échelles. C’est un regard global sur nos espaces français qui se construit (points communs et spécificités).

L’utilisation de la photo permet alors de construire ce temps intermédiaire entre une situation vécue, réelle et une abstraction complète.

Des outils numériques au service de la démarche

Au delà des supports numériques utilisés, les classes qui ont pu s’engager dans @Geodeclic ont toutes mis en œuvre de nombreux autres outils numériques qui ont trouvé naturellement leur place et leur pertinence dans le dispositif :

  • usages du vidéoprojecteur pour travailler collectivement sur les photos ;
    – usages du tableau interactif pour manipuler et annoter les photos ;
  • usages d’outils collaboratifs tel Padlet pour partager des situations problématisées à l’aide de photos prises par les élèves ou les enseignants pour se constituer des banques de photos et de questions ;
  • usages de réseaux sociaux pour participer à des projets collaboratifs entre classes ;
  • usage de site comme Géoportail, Edugéo, INSEE, pour cartographier, observer des vues aériennes, comparer les évolutions d’utilisation des espaces. Profiter de la qualité des outils de représentations du monde, disponibles.

Des outils numériques en lien avec le monde numérique dans lequel vivent nos élèves

La création et l’utilisation de réseaux sociaux élèves (avec des comptes classes), au-delà des objectifs pédagogiques et disciplinaires :

  • créer une émulation autour de la géographie, tant pour les élèves que pour les enseignants ;
    – susciter des questionnements et des échanges autour de situations concrètes, en nourrissant un fil de discussion ;
  • offrir aux enseignants des situations supports à des activités de recherche géographiques ;

…permet également de travailler diverses compétences qui nous semblent nécessaires au regard du monde numérique dans lequel nous vivons et ce, au travers les points suivants :

  • la collaboration : engager des échanges entre élèves et amener des classes à collaborer ;
    – les usages : changer l’image des réseaux sociaux auprès des enseignants, des parents et des élèves en les confrontant à un usage pédagogique ;
  • la formation du citoyen : aborder les usages responsables et citoyens des réseaux sociaux à travers une mise en situation concrète.
Relation avec le thème de l’édition :

Géodeclic est un dispositif permettant de porter un nouveau regard sur l’enseignement de la géographie. Une ambition précisée par les programmes qui proposent aux élèves d’être observateurs de leurs espaces de proximité, de la façon dont ils sont pensés, organisés, comment ils répondent aux besoins d’acteurs variés qui cohabitent et partagent avec des besoins différents, les mêmes territoires. Ainsi le dispositif valorise en premier lieu les actions de terrain, les observations in- situ, les enquêtes pour collecter de l’information. Par conséquent le travail se fait dans un premier temps sans apport du numérique. Cependant les programmes nous invitent également à élargir les champs d’investigations, à comprendre des espaces plus lointains, soumis à des contraintes différentes, à les comparer avec son propre espace en utilisant les repères créés initialement. Ainsi, si dans un premier temps les outils et les gestes des géographes plus classiques (cartographier, schématiser, planifier…) sont grandement sollicités, les classes inscrites au dispositif sont amenées, pour poursuivre leurs recherches, à utiliser différents outils avec des intentions bien précises (utilisation raisonnée) et ciblés : données INSEE, Geoportail, EduGéo… Enfin la richesse du dispositif, sa force, réside en son nombre de participants. Plus ils sont nombreux, plus les espaces partagés sont variés et plus une connaissance globale de l’espace français est permise. Ces échanges sont alors rendus possibles par twitter qui donne à toute la communauté des informations de natures différentes : réseaux économiques, réseaux de transports, interconnexion de ceux-ci, densité des moyens existants ou déserts ruraux. Le dispositif incluant également des classes d’autres pays et continents, le numérique devient alors une solution précieuse pour communiquer et partager.

L’un des épisodes intitulé Géocommuniquer permet également un travail d’identification des multiples réseaux de communications des hommes, des biens, des idées. En menant des recherches de proximité les élèves vont être amenés à caractériser leur espace et en particulier la couverture numérique. Performance des réseaux internet et mobile ou bien au contraire zone blanche.

Cet épisode permet d’interroger les pratiques, les effets du numérique sur l’environnement et de mener parallèlement une éducation à la citoyenneté numérique.

GéoDeclic est porté par l’institution (intégré à des plans de formation, relayé sur Primabord, Edubase) et par Canopé.

Le projet a alors été soutenu par la DANE de Grenoble dans le cadre des « Heures du Numérique », puis repéré par la CARDIE de Grenoble et labellisé « Projet innovant 2020. Projet retenu ensuite au national dans la catégorie « jeune Pousse ». Il a pu être présenté et diffusé lors de formations de formateurs, au travers de plusieurs animations pédagogiques et lors de salons autour du numérique éducatif organisés par la DSDEN de la Haute-Savoie ou CANOPE 74 et relayé par des DANE, des groupes académiques ou des circonscriptions.

Nous avons participé au FIG (Festival International de la Géographie) 2021. Et nous candidatons de nouveau pour celui de 2023.

Synthèse et apport du retour d’usage en classe :

75 classes inscrites / 3 continents concernés.

Le dispositif @Géodeclic est jeune (première année) mais a pu être proposé à de nombreux enseignants lors d’animations pédagogiques ou de webinaires Canopé. Les publications sur le fil twitter permettent de suivre le projet et la richesse des échanges entre les classes et l’engagement des enseignants et des élèves.
Géodeclic souhaite dans sa dimension citoyenne sortir des classes pour s’inscrire (bien humblement) dans la réflexion liée à la cité des élèves.

Ainsi, des élus, des entreprises sont parfois sollicités pour échanger avec les élèves à la suite d’enquêtes menées. C’est l’occasion de partager les résultats et les interrogations. (Voir le fil twitter généraliste https://twitter.com/GeoDeclic et la dernière en date concernant la filière du lait ou bien encore les déclinaisons selon les domaines concernés et balisés ainsi :

  • #GéoPratiquer : mon espace proche, comment est-il ?
  • #GéoCohabiter : mon espace est-il attractif ?
  • #GéoConsommer : mon espace peut-il répondre à mes besoins de consommation ?
  • #GéoCommuniquer : qu’est-ce qui relie mon espace au reste du monde ? (mobilité et internet)

Voici les constats réalisés en tant que formateurs :

  • Chaque enseignant s’approprie le projet de façon variée, pour mener à bien le programme du cycle 3 ou compléter des activités personnelles. Les activités s’insèrent naturellement dans les progressions et programmations établies.
  • Les activités sont facilement appropriables et ne modifient pas l’organisation pédagogique de la classe, même si elles permettent d’induire des modalités d’organisation différentes : par exemple, nous avons constaté que dans toutes les classes des travaux de groupe avaient été mis en œuvre.
  • Les activités @Géodeclic favorisent les activités de recherche, le travail de groupe et la collaboration entre élèves.

Et en tant qu’enseignant :

  • Constat d’un fort engagement des élèves dans les activités, notamment pour des élèves fragiles car on s’appuie sur le vécu des espaces, des liens avec les familles.
  • Meilleure attention et engagement des élèves
  • Les différentes données utilisées dans leur contexte permettent aux élèves de mieux comprendre l’organisation de leur espace ; de construire des repères clairs et de le comparer.

Un ancrage fort dans les fondamentaux

  • Les activités permettent de travailler parallèlement la maîtrise de la langue écrite car de nombreuses situations de production peuvent être mises en œuvre : rédaction de consignes, d’énoncés, de phrases pour expliciter les données…
  • Les compétences orales sont également mises en jeu de par le travail sur le vocabulaire géographique, la verbalisation des situations, l’argumentation.
  • Les activités sont également liées aux compétences mathématiques pour traiter des données et présenter sous forme statistiques des résultats d’enquêtes et de sondage.
  • Des liens très forts avec l’EMC. Altérité et respect de l’autre (tel qu’il conçoit son espace et l’occupe selon ses cultures d’origine)
  • Les élèves ne sont plus « exécutants » mais producteurs : prises de photos et production de questionnements notamment.

À l’occasion de l’université d’été de Ludovia, 19ème édition, de nombreux enseignants et autres membres de la communauté éducative vont venir présenter leur expérience avec le numérique sur le thème de l’année, « Éthique et Sobriété numérique en éducation ». Ludomag se propose de vous donner un avant-goût de ces ateliers jusqu’au début de l’évènement, lundi 22 août.

Jean-Paul Zampin présentera l’atelier explorcamp « @Géodeclic : comment inscrire l’enseignement de la Géographie dans un processus collaboratif entre les territoires des élèves, reliés par des réseaux sociaux ? » sur la session III « ESPACES ET TEMPS D’APPRENTISSAGES EN TOUT SOBRIÉTÉ NUMÉRIQUE » mercredi 24 août matin.

Retrouvez tous les articles sur Ludovia#19 et toutes les présentations d’ateliers sur notre page dédiée. Plus d’infos : www.ludovia.fr

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