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Formateurs numériques : Les ERUN en quête de statut

Nous continuons notre série d’articles sur l’AFT-RN avec l’interview menée par idruide de Christian Stracka, ERUN et président de l’AFT-RN.

Source image : idruide

Qu’est-ce qu’un ERUN ?

C’est un enseignant référent aux usages du numérique. Le plus souvent titulaire du CAFIPEMF (Certificat d’aptitude aux fonctions de professeur des écoles maîtres formateurs), qui valide le statut de formateur dans l’Éducation nationale et qui est assez difficile à obtenir.

Or, les eRUN qui ont cette certification ne touchent qu’une petite indemnisation liée à ce statut, contrairement aux CPC, conseillers pédagogiques de circonscription.

Dans certains départements, il n’y a plus d’ERUN. Ils sont devenus conseillers pédagogiques de circonscription en charge du numérique. Ce statut de conseiller pédagogique implique donc le suivi des enseignants débutants et autres tâches accomplies par les CPC. Au lieu de consacrer 100 % de leur temps au numérique, ils en consacrent 70 % aux missions diverses et 30 % pour le numérique. Cela ne facilite pas la mission d’accompagnement des collègues pour la transition numérique.

Techniquement, un ERUN joue le rôle d’accompagnateur et aide à développer le numérique en classe. Cela passe notamment par une veille des nouveaux usages, des nouvelles technologies. Il faut s’informer en permanence parce que les outils et les supports évoluent rapidement.

Comment devient-on ERUN ?

En fin d’année, la direction des services départementaux académiques de l’éducation nationale (DSDEN) indique les postes vacants et lance un appel à candidatures. Les ERUN font partie des postes à profil, ce qui implique un entretien avec un inspecteur chargé du numérique et un collègue déjà formateur au numérique. Ces deux personnes évaluent les compétences du candidat et prennent leur décision.

La formation se fait sur le tas, grâce à l’accompagnement du groupe départemental dans lequel est accueilli le nouvel ERUN, à l’auto-formation, à la liste nationale de l’AFT-RN.

Toutefois, en fonction des profils, un inspecteur de circonscription peut aussi recommander un enseignant pour le statut d’ERUN, mais celui-ci devra aussi passer l’entretien pour être validé.

Quels sont les enjeux de terrain pour les ERUN aujourd’hui ?

L’enseignant dépend énormément du matériel mis à disposition par la municipalité. En fonction de son budget, on observe des situations très variables d’un territoire à l’autre. L’enseignant peut alors essayer de se débrouiller pour récupérer du matériel. Les ERUN peuvent alors les accompagner dans la prise en main de ces outils, même sur du matériel de seconde main, mais le plus souvent l’ERUN est chargé de former et d’accompagner les enseignants pour s’approprier le matériel acheté par la municipalité.

Un enseignant peut faire directement appel à un ERUN ou passer par la direction de son établissement. Cela marche aussi dans l’autre sens : si de nouveaux outils sont déployés sur la commune, les personnels éducatifs sont invités à participer à des formations, animées par les eRUN.

Nous en revenons au statut des ERUN et à la difficulté d’obtenir la certification de formateur au numérique. L’aberration peut aller jusqu’au fait d’avoir tenté la certification, de ne pas avoir été validé, mais d’assurer quand même ces sessions de formation. Je ne me l’explique pas, c’est vraiment une aberration.

Comment est née l’AFT-RN ?

Des formateurs au numérique ont compris que pour essayer de se faire entendre, il fallait créer une association au niveau national. Elle a été créée il y a plus de 20 ans avec pour but la reconnaissance du statut de formateurs pour les ERUN, que l’on appelait pas comme ça à l’époque, la veille pédagogique et technologique, et la mutualisation des connaissances et des pratiques liées à l’usage du numérique.

Depuis, les principales missions n’ont guère évolué. Nous accompagnons et formons toujours les enseignants dans les classes, nous fournissons des conseils aux municipalités qui nous le demandent, gérons la prise en main de nouvelles ressources, etc. Mais toujours pas de statut de formateur pour les ERUN.

Quelle reconnaissance au sein de l’Éducation nationale ?

La seule reconnaissance que nous avons obtenue, c’était en 2016, à Éducatec-Éducatice. L’AFT-RN (Association des formateurs TICE – Réseau national) a pu porter ses revendications directement auprès de la ministre Najat Vallaud-Belkacem, en visite au salon. Nous lui avons expliqué la situation sans filtre hiérarchique, donc elle a tout de suite compris notre problématique. C’est elle qui s’est engagée sur la création d’une lettre de mission nationale et un acronyme (ERUN) pour créer un statut unique à l’échelle nationale.

Elle a aussi mis en place une indemnité brute à l’année, de 125 €. Cette somme pose un problème de recrutement : les enseignants tentés par la mission, très enrichissante mais mal indemnisée, préfèrent rester dans leur classe. Des postes d’ERUN restent donc souvent vacants.

À l’heure actuelle, l’ensemble des formateurs numériques du 1er degré représentent 900 à 1000 personnes. La reconnaissance financière ne coûterait donc pas si cher à l’État, c’est pourquoi nous poussons cette demande.

Au niveau du ministère, la DNE a compris toute l’importance des eRUN, acteurs de premier plan à leurs yeux, mais ils ne sont pas décideurs, ils n’ont qu’un rôle de conseil auprès du ministre et œuvre avec l’AFT-RN afin d’obtenir cette reconnaissance.

Le numérique est-il adopté par les enseignants ?

L’enjeu principal du numérique éducatif, c’est de former les citoyens de demain. Savoir utiliser sa tablette personnelle, ce n’est pas la même chose que de l’utiliser en groupe, avec des élèves, dans un contexte pédagogique.

Les enseignants à l’aise avec ces outils ne nous contactent pas. À l’opposé, il y a ceux qui ne veulent surtout pas entendre parler de numérique. Puis il y a ceux qui se situent au milieu, la très grande majorité, qui ont besoin de formation pour utiliser ces appareils numériques en classe.

Notre rôle, c’est aussi de convaincre les réfractaires du véritable intérêt pédagogique à utiliser ces outils, donc l’humain est au centre. Il faut souvent être diplomate !

Quelle place pour l’accompagnement sur les usages ?

Outils et usages vont de pair : un ERUN ne présentera jamais un outil en se contentant de l’aspect technique. Avec notre accompagnement, les enseignants comprennent mieux le « pourquoi » de ces appareils.

L’idée c’est de dire : « Cet outil peut vous rendre service, voici comment renforcer les compétences de vos élèves ».

Une formation réussie pour un ERUN est une formation où les réfractaires au numérique ne le sont plus à son issue !

Quels enjeux et quelles attentes pour la suite ?

Que les ERUN soient enfin reconnus à leur juste valeur, car sans eux le numérique éducatif dans le 1er degré se réduirait à peau de chagrin.

 

Source article : idruide.com publié le 28 septembre 2022

 

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