POINT DE VUE

#PsyetProf, épisode 1. Penser la continuité psychopédagogique

Dans le contexte de confinement lié à la pandémie relative au COVID-19, ce court texte s’inscrit dans une série de réflexions partagées en construction pour penser les difficultés dans la durée et les franchir ensemble autour d’une organisation résiliente et endurante.

« Nous constituons ainsi un groupe de réflexion rassemblant des professeurs et des psychologues de l’Éducation nationale pour accompagner l’École en adoptant des pratiques s’appuyant sur les ressources numériques dans cette période complexe« .
Groupe initié le samedi 21 mars 2020 par Claire Anatole (Psychologue de l’Éducation nationale) et  Axel Jean (Bureau du soutien à l’innovation numérique et à la recherche appliquée, direction du numérique pour l’Éducation)

Penser la continuité psychopédagogique

Le COVID-19 bouleverse la réalité de vie de chacun, tant au niveau professionnel qu’au niveau relationnel.

Dans ce climat anxiogène d’épidémie, de confinement et parfois d’appropriation de nouvelles modalités d’enseignement à distance, une partie de nos repères habituels est perdue et nous avons tous (enfants et adultes) à mobiliser notre psychisme pour s’adapter à cette situation inédite.

Toute relation à l’autre induit paradoxalement une mise à distance. En temps normal, qu’il soit conscient ou inconscient, ce processus est choisi et non subi contrairement à ce que l’on peut vivre en période de confinement. Ce confinement s’accompagne souvent d’un usage intense du numérique, et si nous n’avons jamais été autant connectés aux autres, nous n’avons jamais été autant « connectés » à nous même.

Une distance choisie n’a pas le même impact que la distance subie, surtout quand elle se construit  sur une dimension de protection.

Ainsi, enseigner et apprendre ne se réalisent plus de la même façon car les professeurs, les élèves et les familles traversent ensemble une profonde crise sanitaire avec un impact psychique coûteux.  Toute réorganisation des modalités de travail prend du temps et plus encore dans le contexte complexe actuel.

Du point de vue psychologique.

Le coût de ce réaménagement psychique, de la perte de repères et de cette dimension de menace (dont l’impact est propre à chacun) est la première chose que le milieu enseignant doit intégrer afin d’assouplir son action pédagogique, comme il le fait chaque fois qu’une situation de souffrance impacte une école (situation de deuil par exemple).

Les manifestations liées à l’impact de ce climat anxiogène sont singulières (elles dépendent du vécu de chacun), elles vont varier d’intensité et elles peuvent se décliner/simplifier sous trois grands thèmes :

– l’agitation dite maniaque (« Si je bouge je suis vivant ! »),

– la sidération ou la confusion mentale (incapacité à penser, perte d’énergie psychique),

– les manifestations psycho-somatiques (douleurs corporelles liées au stress).

L’agitation n’est pas favorable à la concentration, la sidération bloque le psychisme, l’inconfort physique diminue les capacités intellectuelles.

Les capacités à enseigner et à apprendre de chacun sont grandement modifiées.

Du point de vue pédagogique.

Nous avons à inventer de nouvelles modalités d’apprentissages pour nos élèves et à s’approprier de nouveaux outils didactiques via le numérique. Les professeurs y compris ceux expérimentés sont parfois eux même en situation d’apprentissage. Il faut donc ne pas chercher à transposer l’ensemble des pratiques de classe à la maison ni en termes de contenus ni en termes d’horaire.

Il est normal de rencontrer des difficultés lors de l’appropriation des solutions numériques ; les professeurs doivent ainsi s’autoriser un temps nécessaire pour ajuster leurs pratiques à ces nouvelles modalités.

En rester seulement à essayer de transposer une situation de classe identique pour la continuité pédagogique s’apparente d’un point de vue psychologique à un déni de la crise que nous traversons et de l’impact qu’elle a pour chacun et du point de vue pédagogique à un risque de situation d’échec et de perte de confiance dans sa capacité à enseigner.

Ainsi pour les professeurs il faut conseiller et accepter :

  • d’assouplir ses exigences pédagogiques envers nous même et envers les élèves,
  • de prendre le temps d’écouter et de s’écouter avec indulgence (s’inscrire dans la durée),
  • de maintenir une relation bienveillante la plus « proche » possible. Nous savons que le lien entre un enseignant et son élève est un bien précieux tant du point de vue pédagogique que psychologique,
  • de s’orienter vers les psychologues dès que cela semble nécessaire.

Renforcer le lien entre les enseignants et les psychologues de l’Éducation nationale semble, dans ce contexte anxiogène, utile afin que chaque professeur puisse recevoir l’écoute nécessaire et  accompagner les familles.

Prenez soin de vous !

 

Auteurs :

Claire Anatole, Psychologue de l’Éducation nationale, académie de Créteil.

Axel Jean, bureau du soutien à l’innovation numérique et à la recherche appliquée, Direction du numérique pour l’Éducation.

 

 

 

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