RETOURS D'USAGES

Des rires aux pleurs lors du confinement COVID-19 ou quand l’injonction numérique bouleverse le rapport humain enseignants-étudiants

A l’occasion de l’université d’été de Ludovia, 17ème édition, de nombreux enseignants et autres membres de la communauté éducative vont venir présenter leur expérience avec le numérique sur le thème de l’année, « Injonctions numériques : entre techno-enthousiasme et pratiques collectives ». Ludomag se propose de vous donner un avant-goût de ces ateliers jusqu’au début de l’évènement, lundi 24 août.

Antoine Chollet présentera « Des rires aux pleurs lors du confinement COVID-19 ou quand l’injonction numérique bouleverse le rapport humain enseignants-étudiants » sur la session II : TERRITOIRES, ESPACES ET TEMPS D’APPRENTISSAGE

Problématique pédagogique

À l’aube du confinement dû au virus COVID-19, le 16 mars 2020 a plongé étudiants et enseignants dans une position encore inédite. Jusqu’alors, il semblait naturel qu’un enseignant puisse suivre ses élèves ou ses étudiants en classe, dans son établissement, dans un environnement physique. Malheureusement, en l’espace de quelques jours, ce suivi s’est brutalement poursuivi à distance pendant plusieurs mois, notamment à l’université où il se poursuivra jusqu’à au moins septembre 2020. De nombreux repères se sont effacés et ont du être retrouvés, de nombreux liens se sont dématérialisés et ont du être reconnectés, de nombreux cours se sont annulés et ont du être reprogrammés. Derrière ce changement de pratique se cache en réalité un véritable bouleversement dans la relation que pouvaient entretenir enseignants et étudiants entre eux. D’une oreille attentive et d’un accompagnement où les émotions peuvent se lire sur les visages, étudiants et enseignants ont vu des écrans, des casques, des caméras et des microphones s’inviter dans leurs échanges.

Pour une partie des étudiants, et aussi des enseignants, cette transition a été difficile à passer du fait d’un brusque changement dans le rapport humain qu’ils pouvaient avoir avec l’enseignement et l’apprentissage. Au départ, des rires se sont mêlés à la satisfaction que pouvaient éprouver certains étudiants à rester à domicile pour suivre des cours tranquillement à distance. Cependant, ces rires se sont rapidement transformés en inquiétudes voire en larmes du fait la situation parfois difficile à suivre des cours à distance et du manque de contact humain. C’est pourquoi, au-delà de l’aspect technique et organisationnel inédits de la période du COVID-19 dans l’enseignement, l’injonction numérique a également pu mettre en exergue nos comportements les plus primaires. Ces derniers qui font de l’apprentissage une relation humaine entre un formateur et un apprenant ont été altérés.

Nous pouvons ainsi nous poser la question suivante : en quoi l’injonction numérique a-t-elle permise de mettre en exergue le besoin d’humanité dans l’apprentissage à l’université ? Cette contribution sous la forme d’un retour d’expérience, et de situations vécues durant les mois de cours à distance, permettront d’apporter des éléments de réponse.

Apport du numérique

Afin de permettre la continuité pédagogique souhaitée par le gouvernement au sein des établissements de formation, dont l’université, des solutions ont du être trouvées, parfois en catastrophe, pour l’assurer. Au sein du département Informatique de l’IUT de Montpellier-Sète, un logiciel de VOIP (Voice Over IPou « Voix sur IP ») nommé Discord a été utilisé afin de continuer les cours à distance.

D’autres solutions, plus officielles ont été proposées par l’université, mais Discord répondait davantage aux attentes techniques et de performances attendues pour tout un département (plus de 300 personnes : enseignants et étudiants). De plus, Discord étant un logiciel programmé initialement pour les joueurs de jeux vidéo, le public en DUT Informatique, passionné de jeux vidéo également, était habitué à l’usage de cet outil de communication en ligne. Ainsi, le logiciel Discord a permis de pouvoir faire cours aux étudiants dans un premier temps, mais également d’être le lien entre enseignants et étudiants sur des aspects plus humain dans un deuxième temps. En effet, au fil des jours du confinement, des étudiants ont ressenti le besoin de parler à leur enseignant.

Du fait qu’il s’agisse d’un retour d’expérience, je vais incarner cette contribution en, utilisant le « je » pour la suite. Après l’euphorie ou la crainte du début des cours en ligne, j’ai vite reçu de nombreux messages d’étudiantes et d’étudiants qui se sont confiés à moi, leur enseignant. Parmi les sujets abordés, je pouvais à la fois rassurer la personne sur le plan personnel, universitaire mais aussi sur le plan humain et de ce qu’ils pouvaient vivre (angoisse, peurs, interrogations). Dans ma jeunesse, un évènement marquant de l’histoire contemporaine, Les Attentats du 11 Septembre 2001[1], m’avait beaucoup questionné notamment sur « est-ce la fin du monde ? ». Cette question que j’avais alors posée naïvement à mes proches pour tenter de comprendre ce phénomène, je l’ai retrouvée à demi-mots dans les confidences de certains de mes étudiants. Au-delà de l’aspect historique, l’injonction numérique nous a ainsi renvoyé à nos émotions les plus primaires et Discord a été ce lien entre mes étudiants et moi-même pour en discuter (enjeux, conséquences, conditions humaines).

Relation avec le thème de l’édition

Via le thème « Injonctions numériques : entre techno-enthousiasme et pratiques collectives », ce retour d’expérience teinté de témoignages personnels souhaite montrer l’importance de la communication entre enseignants et étudiants à l’heure d’une crise. Lorsque les étudiants voient tous leurs repères volés en éclat, sont dans une nouvelle ville, ont peu de contacts et où la communication avec la famille est délicate, l’enseignant se retrouve être le premier interlocuteur de ceux-ci. C’est pourquoi, l’injonction numérique peut mettre l’enseignant dans une situation délicate où l’affect est décuplé. Certains enseignants arrivent à mettre des barrières quant à cet affect avec les étudiants, et d’autres non. L’objectif n’est pas de savoir si l’enseignant doit mettre de l’affect ou non, cela le regarde. Cependant, l’injonction numérique met en avant de nombreuses pratiques collectives pour conserver des rapports humains en cas de détresse.

Synthèse et apport du retour d’usage en classe

Durant la période de confinement COVID-19,  des étudiants ont ressenti un besoin de compréhension et d’être rassurés vis-à-vis de la situation. Ces personnes, adultes pour la grande majorité (les étudiants ont entre 17 et 24 ans environ), ont parfois fait preuve de beaucoup de sensibilité face aux évènements inédits du COVID-19. Aussi, le seul moyen de pouvoir conserver ce lien a été un logiciel de communication en ligne. Sans ces différents outils numériques, la communication entre enseignants et étudiants aurait été rompue mettant inexorablement certaines personnes dans des situations d’angoisse et d’urgences psychologiques.

Par conséquent, cette contribution souhaite montrer qu’au-delà des débats sur l’injonction numérique et de l’aspect technique, l’aspect humain doit également être considéré. Grâce aux logiciels de communication à distance, certains étudiants n’ont jamais été aussi proches de leur enseignants et ont pu découvrir que ces derniers étaient bien plus que des personnes « là pour faire cours ». Par conséquent, même si l’enseignement ne doit pas se transformer en relation amicale et de proximité de manière systématique, en cas de crise et d’urgence humanitaire (comme le COVID-19), les outils numériques peuvent jouer un rôle fondamental dans les rapports humains. Enfin, d’un point de vue philosophique, cette contribution souhaite également questionner la place et le rôle du formateur au regard de l’ épanouissement de l’apprenant. Plus largement, certains apprenants peuvent reconsidérer leur vision du formateur sous de nouveaux jours en le voyant comme un allié et non un ennemi de leur apprentissage, comme cela peut parfois être -malheureusement- le cas.

[1]Enseignants.lumni.fr (2020), « Les Attentats du 11 Septembre 2001 », ressource pédagogique consultée le 5 juin 2020 et disponible sur enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000215/les-attentats-du-11-septembre-2001.html

Plus d’infos sur : Antoine Chollet 
Retrouvez tous les articles sur Ludovia#17 et toutes les présentations d’ateliers sur notre page www.ludomag.com/tag/ludovia-2020

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