RETOURS D'USAGES

Comment les classes inversées permettent une continuité pédagogique et comment l’adapter?

Aujourd’hui, nous vous présentons le témoignage de Damien SCIMECA, professeur de Physique-Chimie au lycée Sainte-Ursule Louise de Bettignies à Paris. Il est spécialisé en classes inversées et pédagogie coopérative depuis maintenant 5 ans.

Dans la vidéo ci-dessus, il nous explique sa manière de fonctionner avec les élèves pendant cette période de confinement et détaille les outils et les adaptations qu’il a du faire par rapport à ses pratiques habituelles.

Sa manière de fonctionner est très proche de ce qu’il fait d’habitude ; il nous parle de la notion d’espace et de temps qui est bouleversée lors de l’usage des classes inversées.

Il se demande si, du fait de ne plus être en classe, le terme de classe inversée est encore adapté ou est-ce, tout simplement, une classe « à distance ».

Quoiqu’il en soit, la chronologie dans les apprentissages reste la même que d’habitude ; seul la notion de lieu est différente. Il utilise comme outil principal le fameux plan de travail qui est indispensable pour pouvoir organiser son travail.

Grâce au plan de travail, les élèves vont pouvoir travailler en autonomie, à leur rythme, comme ils le veulent. Cela leur permet d’organiser leur travail quotidien.

L’autonomie est devenue primordiale, d’autant plus dans cette période de continuité pédagogique.

« Elle représente l’un des sentiments de motivation chez les apprenants », explique celui qui est auteur d’un mémoire sur l’apport des classes inversées et la motivation des apprenants. L’autonomie, l’expertise et l’utilité sont les trois principaux sentiments de cette motivation.

 

Même s’il dit ne pas avoir changé sa manière de faire, il a été peut-être trop gourmand. Au départ, « il a été compliqué lors de la première semaine, de bien doser la quantité de choses à faire ; ça m’a demandé, comme à d’autres collègues, une certaine adaptation ».

Quand il a discuté avec ses élèves pour faire le point au bout de 10 jours, ils lui ont clairement dit que ce qu’ils appréciaient, c’était cette liberté d’organisation dans leur apprentissage.

Mais cette autonomie n’est pas née toute seule. Les outils qu’il leur donne durant l’année a aidé à créer en partie cette autonomie mais pas uniquement. Pour lui, les classes inversées représentent un outil pédagogique qui permet de faire des choses, mais qui se trouve à l’intérieur d’une caisse à outils qui en contient plein d’autres, dont la pédagogie coopérative qu’il pratique au quotidien dans son établissement spécialisé dans ce type de pratiques pédagogiques.

Grâce à cet outil mais également à tous ceux qu’il a mis en place au cours de l’année, les élèves ne se sont pas sentis perdus pour la grande majorité d’entre eux car ils possédaient des habitudes de travail qu’ils mettent à profit durant cette période, compliquée psychologiquement.

Outre ce plan de travail permettant cette autonomie, il « voit » ses classes une à deux fois par semaine en « live » sur la plateforme de classe virtuelle du CNED qui fonctionne très bien malgré les petits bug techniques de son qui se résolvent rapidement. Il garde les élèves 1h pas demi-classes ce qui représente des groupes d’environ 14 élèves ce qui permet plus d’interactions qu’avec une classe entière.

Il nous explique que ses élèves représentent un public CSP+ très avantagé et qu’il n’a pas le problème de la fracture numérique ; il a l’effet inverse, des familles qui partent dans leur résidence secondaire pour échapper à la région parisienne et où ils peuvent tous se connecter en même temps mais sur un réseau internet parfois beaucoup moins performant que chez eux.
Dans l’ensemble, il nous confie être très satisfait de la situation ainsi que ses élèves.

Lors de ces « live » il nous dit ne pas faire cours du tout, mais répond davantage aux questions des élèves. Pour cela, la plateforme du CNED lui permet de partager l’écran de son ordinateur, sa tablette ainsi que le style lui permet d’écrire comme sur un tableau et de la partager en direct avec les élèves.

 

Ses élèves possèdent un livret par chapitre toute l’année où ils peuvent trouver dedans : le fameux plan de travail, mais aussi un cours polycopié, les activités, les T.P., les exercices, mais également la correction de toutes les activités et des exercices.

Associé à cela, il a créé une application Glideapps où les élèves peuvent retrouver ce livret sous format pdf et le télécharger, mais également les vidéos de cours du chapitre.

 

 

 

Ce livret leur permet également de pouvoir avancer progressivement chacun à son rythme, gros avantage des classes inversées, c’est de permettre à chacun d’avancer à son rythme et d’augmenter la différenciation.

Avancer en autonomie implique tout de même de pouvoir avoir des outils de vérification des notions et compétences de ce chapitre, nous dit celui qui a décidé de faire tout de même des nouveautés, certes simples, mais nouveautés quand même. Pour cela les élèves on à leur disposition des QCM Socrative obligatoire chaque semaine tout comme dans l’année. Ces derniers ne sont pas notés, c’est un outil d’autoévaluation pour ces élèves et de diagnostic pour lui.

Petite nouveauté durant cette continuité, il utilise aussi la plateforme quizinière développée par Canopé pour leur faire faire des petits tests notés.

Suite à l’annonce du ministre de ne pas noter durant la continuité pédagogique, il nous révèle que ce sont ses élèves qui ont grandement « râlé » pour montrer leur désaccord, vu le travail fourni. Pour pouvoir faire en sorte que les élèves puissent être notés, ces petites notes ne compteront que dans le cas où elles font augmenter la moyenne de celui-ci, ce qui représentera pour lui un bonus et récompensera son investissement.

Même si les élèves travaillent pour eux et qu’ils n’auraient pas besoin de cette motivation extrinsèque que sont les notes, il pense, malgré tout, que celles-ci sont pourtant une réelle source intrinsèque de motivation.

Pour déposer les rendus de leurs devoirs, les élèves peuvent le faire par mail, mais dès la rentrée, ils pourront utiliser un Padlet.

Damien profite aussi de cette continuité pédagogique pour faire travailler davantage des compétences transversales et pas que disciplinaires ; durant l’année, ce n’est pas toujours évident de le faire, compte tenu des nouveaux programmes et notamment celui de 1ère spécialité qui est très long et très difficile pour les élèves.

Pour terminer, il nous parle de sa manière de communiquer avec ses élèves autrement que par l’ENT, plutôt « saturé », car pour « envoyer un mail ou consulter une page, cela prend 5 à 10 min, donc ce n’est pas la peine ».

Le 1er jour, tous les enseignants ont récupéré les mails de tous les élèves pour pouvoir leur envoyer les documents. Par ailleurs, pour discuter quotidiennement avec eux et répondre à leurs questions, il nous dit que chaque classe a créé plusieurs groupes de discussion avec leurs enseignants sur Discord ou WhatsApp notamment, ce qui n’est pas recommandé par l’institution « mais que nous utilisons avec l’accord du chef d’établissement et des parents ».

Pour terminer cet entretien, Damien Scimeca conclut : « je suis très fier de mes élèves, de leur manière de travailler, de s’investir ; pour certains, j’ai découvert beaucoup de choses. Ils ressortiront, tout comme moi, grandi de cette expérience ».

Je pense que la confiance mutuelle est primordiale ; ils me font confiance dans ma manière de faire pour eux et j’ai confiance en eux. Nous n’avancerons pas sans cette confiance mutuelle.

Dans le cas où cela doit durer encore plusieurs semaines, Damien se forme actuellement à Moodle afin de faciliter encore plus la vie aux élèves.

 

Auteur article et vidéo : Damien Scimeca

 

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