À Ludovia#BE, qui s’est tenu du 21 au 23 octobre à Spa, une table ronde animée a réuni trois femmes engagées dans la promotion de la place des filles dans les métiers du numérique : Maryse Colson (association Elles Bougent Belgique), Nada El Jarrari (Scanning Pens) et Amandine Coutant (EdTechStation Wallonia).
Ensemble, elles ont dressé un constat lucide, mais porteur d’espoir : les filles sont encore sous-représentées dans la tech, mais les lignes bougent.
Des stéréotypes toujours tenaces
« Historiquement, les premières informaticiennes étaient des femmes », rappelle l’animateur de la table ronde, Eric Fourcaud, directeur de publication chez Ludomag. Des pionnières comme celles de la NASA ont contribué aux avancées majeures de l’informatique. Pourtant, le secteur s’est progressivement masculinisé.
Aujourd’hui, encore 80 % des femmes interrogées par Elles Bougent disent avoir été confrontées à des stéréotypes de genre : 44 % ont entendu qu’elles étaient « moins compétentes » en mathématiques, et 21 % ont été découragées d’étudier les sciences.
Créer des modèles inspirants
Pour Amandine Coutant, la clé réside dans la visibilité des parcours féminins :
« Il est important de mettre en lumière les femmes qui réussissent dans la tech. Cela permet aux jeunes filles de se projeter et de se dire : moi aussi, je peux y arriver. »
L’association qu’elle a fondée vise à connecter les acteurs du numérique, startups et entreprises, dans une dynamique inclusive. Le réseau valorise la diversité des parcours et des compétences, considérée comme une force pour innover.
Agir sur le terrain dès le plus jeune âge
De son côté, Maryse Colson présente Elles Bougent Belgique, une plateforme qui met en lien entreprises et écoles.
Les entreprises partenaires, souvent issues des domaines STEM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques), envoient leurs employées — des marraines — témoigner dans les classes.
« Elles expliquent aux jeunes filles que les métiers n’ont pas de genre, et qu’elles peuvent, elles aussi, devenir ingénieures ou programmeuses », souligne Maryse Colson.
En Belgique, les chiffres restent parlants : seulement 20 % de femmes dans les facultés d’ingénierie et moins de 5 % en informatique. Pourtant, dans l’enseignement secondaire, filles et garçons sont encore présents à parts égales dans les options scientifiques. C’est donc au moment du choix des études supérieures que le décrochage s’opère.
Témoignage d’une femme de la « tech«
Nada El Jarrari, responsable de Scanning Pens, illustre cette réalité.
« Même si j’étais bonne en sciences et en langues, on me poussait naturellement vers les études littéraires ou le marketing, alors que mes camarades masculins étaient orientés vers la finance ou la technique. »
Aujourd’hui, elle travaille dans une entreprise qui développe des stylos d’aide à la lecture destinés aux enfants dyslexiques. Pour elle, le changement est en marche :
« Les femmes osent davantage parler, partager leurs expériences. Et les entreprises commencent à valoriser leurs compétences, leur rigueur, leur créativité », ajoute t-elle.
L’école, levier de changement
En Belgique, les nouveaux programmes scolaires issus du Pacte d’excellence intègrent désormais des compétences plus variées : expérimentation scientifique, créativité, expression orale…
Des initiatives comme TUMO ou Bicode offrent également aux jeunes la possibilité d’apprendre à coder et à manipuler les outils numériques dès le primaire.
« Ces approches ludiques, avec la robotique ou la programmation, permettent de casser les stéréotypes et de redonner confiance aux filles », souligne Amandine Coutant.
Un chemin encore long, mais bien engagé
Toutes s’accordent sur un point : le changement est en marche, mais il doit se poursuivre à tous les niveaux — éducation, entreprises, politique.
« Les compétences de demain seront transversales ; c’est la richesse des profils, pas le genre, qui fera la différence », conclut Amandine Coutant.
Et si la route est encore longue, le chemin, lui, est bel et bien tracé.



