MANIFESTATIONS

Les rencontres numérique de la Mission Laïque Française : cultivons nos champs culturels!

J’ai eu la chance d’être invité aux rencontres du numérique le 29 au 31 janvier 2020.

Cette édition, dans le magnifique lycée international Louis Massignon, a été l’occasion de rencontrer des équipes de directions et pédagogiques inspirées et inspirantes. Moins qu’un compte-rendu exhaustif, j’aimerais vous faire part de quelques-unes de mes impressions et réflexions.

Le numérique, une question culturelle à poser et qui doit le rester

Le changement culturel nous interroge tous. J’ai retrouvé dans cet atelier animé par Nicolas Léger et Alexis Kauffman (oui, oui celui de framasoft !) pas mal des interrogations que je partage dans les quelques billets que je vous partage.

En mettant, le numérique à l’essai des humanités, ils montrent à quel point les changements techniques que provoque l’homme entraînent des changements culturels pour et par lui-même. Nicolas Léger voit le numérique comme vecteur de mutation anthropologique et de redéfinition de l’Être Humain. L’intervention fait appel au concept de Pharmakon développé par Bernard Stiegler dans l’excellent livre Dans la disruption,  le “poison” peut devenir remède et inversement.

Il s’agit d’affaire de dosage et peut-être de posologie. C’est peut-être une affaire de sobriété ?

Nicolas et Alexis prolongent la réflexion en rappelant qu’en période de bouleversement, pour ne pas dire de disruption, l’humanité a besoin de continuité. Pour faire société et établissement, l’art et l’éducation sont les socles d’une culture commune enrichie par les apports du numériques.

Vers une gouvernance agile

Oui, le concept est usé jusqu’à la corde à force d’être utilisé et pourtant ! Le numérique est d’abord un changement culturel, nous le rappelions plus haut. Nous parlions de culture et ici nous abordons son versant professionnel.

Pour l’ensemble des encadrants et des cadres, il y a quelque chose de l’ordre du lâcher prise. Et ce n’est pas le plus évident face au poids des responsabilités. L’usage des outils numériques ont facilité la coopération et la collaboration bien sûr.

C’est peut-être là la première interaction : travailler à plusieurs sur le même document, l’amender, le modifier, débattre de la pertinence et se mettre en accord par consensus. Il oblige à interagir et finalement à concerter.

C’est travailler avec et mettre de l’horizontalité dans la verticalité.

Il s’agit d’éléments tactiques dans une  stratégie globale de conduite du changement. Convaincre par l’échange, partager le sens, rendre les membres de la MLF acteurs du changement n’ont pas été que des mots autour d’une table ronde, mais un mouvement lors d’un world café. Il y avait de l’empowerment dans cet atelier organisé et animé par Delphine Regnard.

L’élève hacker, pour une éducation lowtech ?

Je vois de grands yeux s’ouvrir “ Quoi un élève hacker”. Oui mais au sens wikipédien du hacking : “séparer des blocs logiques, retirer de l’étude tout ce qui n’est pas nécessaire, et regrouper des données dispersées permet de retrouver une cohérence, tout en permettant d’être mieux compris dans son fonctionnement”.

C’est exactement ce que font les élèves du club de robotique du lycée. Moins que l’outil, c’est la démarche qui compte. Faire faire à l’élève, le mettre en capacité de maîtriser toutes les étapes d’un processus en s’appuyant sur leurs compétences  et développer les compétences sociales et le souci environnemental : voilà les ingrédients d’un “Hack” réussi.

Enfin, je finirai par ce superbe atelier mené par Charlotte Cavalade et François Fagoaga : “Quels outils pour mutualiser des projets en classe ?”

Quelle richesse contenue dans ce projet entre méthode agile et éducation au développement durable. En écho à l’épisode 113 des excellents Nipédu, agilité n’est pas qu’un mot. Cette  méthodologie facilite la gestion de projet et la productivité. Elle n’est pas exprimé sous ce nom (une surinterprétation de l’auteur de ce billet, possible !) mais est le fruit d’expérimentation, d’essai et d’erreur. Lors de cet atelier, j’ai aimé cet état d’esprit proche de celui du livre de Charles Pépin : les Vertus de l’échec. On y retrouve quelques éléments des forges de développement :

  • un gestionnaire de listes de discussion à travers l’usage d’une messagerie instantanée qui sert également d’outil de suivi des bugs,
  • un gestionnaire de documentation au travers un document partagé,
  • un outil de planification et gestion des tâches inspiré par le kanban et la méthode SCRUM.

Il est toujours plus facile de se lancer dans un projet quand on connaît l’objectif et le chemin pour y arriver. Il fait sens et le projet laisse la place à l’essentiel. Le développement des compétences du XXI siècle : collaboration, coopération, développement de l’entraide, respect de la parole de l’autre et de son environnement, nécessaire empathie…pour préprer l’élève à demain et encore plus important à après-demain.

Il est difficile de rendre compte de l’ensemble des fruits de ce projet mais en voici quelques-uns :

  • jardin de permaculture,
  • atelier vintage et éthique,
  • chorale.

La prochaine pousse sera peut-être un tiers-lieu ?

L’éducation : une conversation

Ces projets m’ont rappelé une conversation que j’ai eu la veille avec Delphine Regnard. Nous parlions du don et contre don développé par Marcel Mauss. J’ai ressenti au cours de ces deux jours l’engagement des équipes au service des apprentissages des élèves. J’ai vu également des élèves présenter un atelier éclairant sur l’éducation aux médias et l’information. Il y avait partage de connaissances où l’usage à rencontrer l’éducation. C’était une conversation plutôt qu’un monologue.

Pour aller un peu plus loin, je crois que nous touchons à l’apprentissage profond. La capacité de transfert à long terme des apprenants les met en capacité d’appliquer, aujourd’hui certes, mais surtout après-demain, ce qu’ils ont appris dans des contextes divers.

Je retiens de ces journées l’importance du sens, de la mise en action ou de la nécessaire appropriation des outils comme de la culture numérique.

Au-delà, je crois que cela traduit la volonté de partager une aventure humaine où la prochaine étape pourrait être un tiers lieu ? Je finirai par cette expression de Jean-Charles Caillez : “l’innovation c’est quand l’idée rencontre la main de l’usager” et c’est le cas !

 

Sources : 

Mission Laïque Française

Dans la Disruption, comment ne pas devenir fou ? Bernard Stiegler, Les liens qui libèrent, 2016

Méthode(s), Nipédu épisode 113                   

5 activités pédagogiques pour promouvoir un apprentissage en profondeur, Jean François Parmentier, Innovation Pédagogique, 26 février 2020

La Classe Renversée, l’innovation pédagogique par le changement de posture, Jean-Charles Cailliez, Ellipses, 2019

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top